L’Hermine, de Christian Vincent

Quand le roi Luchini faisait sa cour.

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Fabrice Luchini et Sidse Babett Knudsen

Sorti en salles le 18 novembre dernier, L’Hermine est le quinzième film de Christian Vincent en tant que réalisateur. Le cinéaste, diplômé de l’IDHEC (l’actuelle FEMIS), n’en est pas à son premier banc d’essai : déjà largement récompensé à la Mostra de Venise en 1990 pour son film La Discrète, où Fabrice Luchini y tenait également le premier rôle aux côtés de Maurice Garrel et Judith Henry, le même festival le pare cette année du prix du meilleur scénario pour L’Hermine, et couronne le comédien du prix du meilleur acteur. Sans surprise…

Car effectivement, Fabrice Luchini y est grandiose. En véritable gourou de la comédie, il parvient naturellement à mener les petits spectateurs fragiles que nous sommes vers une schizophrénie totale : l’oscillation entre le rire et les larmes est continue. Il lui suffit d’un rien pour être exactement dans ce qu’il doit être, dans ce qu’il s’est fixé de jouer. Et c’est probablement ce rien qui définit ce qu’est un très grand acteur et ce qui ne l’est pas, ce laps de temps où le comédien ne fait rien mais est tout.

Le film raconte de quelle façon un président de cour d’assise réputé dur et misanthrope (Luchini), retrouve par hasard son amour de jeunesse en plein procès (Sidse Babett Knudsen). Fabrice Luchini dit de son rôle : « Mon personnage est un coincé qui se décoince grâce à la puissance amoureuse« .

Hélas, le film en lui-même manque cruellement de substance, en dépit des efforts de Christian Vincent pour nous faire adhérer au domaine pénal. Alors oui, les ignares en matière de justice y apprendront pas mal de choses, comme par exemple les rituels cérémonieux qui accompagnent chaque audience, ou encore la désignation somme toute assez particulière des jurés. Le personnage de Fabrice Luchini a également, au milieu du film, une jolie réflexion sur l’acte de juger : « La justice, ce n’est pas établir la vérité. La justice, c’est faire valoir la loi. »
Cela étant, des scènes bien trop longues et alambiquées, parfois lestées de personnages parfaitement insupportables (la fille de Ditte, par exemple), ainsi qu’une pauvreté persistante au niveau du scénario, nous laisse malgré tout sur notre faim. Car en dehors de la romance latente entre le juge et sa juré, qui peine déjà terriblement à se mettre en place, aucun rebondissement ne vient altérer le (trop) paisible fil scénaristique.
Le jeu de Sidse Babett Knudsen (héroïne de la série scandinave Borgen), est fin et délicat, mais son incarnation en une femme indécise et secrète, la plupart du temps mutique, ennuie plus qu’il ne séduit. Les retrouvailles avec le personnage de Luchini, tant attendues par le spectateur, tardent cruellement à trouver matière, et finissent par désintéresser rapidement.

L’Hermine est donc, indéniablement, loin d’être la meilleure œuvre de Christian Vincent, bien qu’on ne puisse lui reprocher une gestion intelligente de la caméra, qui peut en l’occurrence s’avérer difficile et maladroite lorsqu’il s’agit de filmer dans un tribunal (sorte de mise en abîme du jeu théâtral en lui-même où beaucoup d’acteurs se croisent et se décroisent, entrainant une gymnastique filmique). Le cinéaste fait aussi le difficile pari de la temporalité, puisque l’espace-temps du film se synchronise avec celui du spectateur qui suit le procès de son commencement à sa fin. L’on retiendra donc pour l’essentiel la très grande performance (encore une), de Fabrice Luchini en seigneur paré de pourpre, parfaitement mis en lumière au centre de ses disciples, mais l’on regrettera une lacune évidente : celle d’une dynamique visuelle très défaillante.

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