[Reportage] Cocktail triste chez Bartolone

Au prétexte d’une soirée militante, c’est un gala mondain qui s’est tenu au QG de Claude Bartolone dimanche soir avant la défaite. Récit heure par heure sur place.

19h16. Au QG de campagne de Claude Bartolone, place de Catalogne à Paris, les journalistes finissent de s’installer. Ça rature ses notes, ça prépare la soirée. On cherche les militants de l’oeil sans les trouver. « Ils arriveront vers la demie », confirme une attachée de presse au sourire mercantile. Les rôles sont inversés, les médias ne sont pas venus assister à une soirée électorale de militants PS. Ce sont les adhérents du parti qui viennent jouer leur partition de soutien de « Barto » devant les objectifs de télévision.
Aux murs, les photos affichent les actions civiques du parti et de ses têtes de listes dans Paris. Aucune manifestation dans les images. Les scènes transpirent de bienveillance. Quelques cœurs sont disséminés dans le grand album et des slogans en vogue se mêlent à l’ensemble. Keep calm and carry on. Pas une formule politique, pas une proposition choc du candidat. Juste une carricature de Marine Le Pen, singée en Dark Vador, dans le couloir qui mène à la salle de presse.

19h35. Les fameux militants s’infiltrent enfin dans la masse de journalistes. On en reconnaît certains au petit autocollant rose « Allez Barto » sur la poitrine. Aucun ne porte de T-Shirt au nom du candidat. Ce vêtement doit même être proscrit ce soir : chacun a enfilé veste, polo ou tailleur bon genre. Les jeunes comme les moins jeunes ont soigné leur look pour les caméras. Tout ce petit monde se mêle aux journalistes sans peine, et le tutoiement s’installe spontanément. Il ne manque que quelques flûtes de champagne pour se croire invité à un cocktail mondain. Le tout Paris vient voir le grand vernissage de l’exposition Bartolone.

20 heures. Les caméras sont braquées sur les militants lorsqu’ils découvrent les résultats à la télévision. Pour les objectifs, le devant de la foule mime un éclat de joie concis et préparé. Le PS a tenu, le FN est écrasé : c’est surtout sa défaite qu’on applaudit, même lorsque Xavier Bertrand prend la parole. Une région manque à l’appel, l’Île-de-France n’a pas de couleur à l’écran. « Classique, assure un notable du parti. Les derniers bureaux viennent de fermer à Paris. Mais ça sent bon pour nous. J’ai l’habitude, faites-moi confiance. »

20h20. Tout sourire, les partisans et leurs observateurs s’adonnent au grand art de l’analyse politique. Les politologues de salon font les comptes sans éclat, docteurs ès commentaire du dimanche soir. Pas un cri de ralliement, pas un slogan chantonné à tue-tête. Ils font de la politique comme les journalistes qui les épient.
Toujours à l’écran qu’on scrute depuis le début de la soirée, France 2 recueille les mots bruts et virulents d’encartés FN au QG d’Hénin-Beaumont. Là-bas, des silhouettes populaires se figent devant les caméras, avant de retourner dans la masse militante où s’agitent les responsables du parti malgré la défaite. Chez Bartolone, quelques jeunes femmes installées en coin salon, jambes croisées, lorgnent sur leurs smartphone sortis de leurs sacs chics. On attend le plat de résistance. Certains réclament les petits fours : on nous promet qu’ils arriveront avec la victoire.

20h50. Ipsos dévoile la pièce maîtresse de l’exposition et annonce Valérie Pécresse gagnante à un cheveu. Murmure au milieu du brouhaha parisien. « Estimations, assène un militant. Rien n’est joué, rien, c’est beaucoup trop serré. Paris n’est pas encore dépouillé ! » Les mines se sont figées, les discussions continuent. Au bout de quelques instants, une voix lance « Ifop nous met à égalité avec la droite ! » Vite, le responsable de la télécommande s’empresse de nous mettre I>Télé où un résultat plus clément apaise les quelques tensions.
On se rassure comme on s’est alarmé, par du bavardage politicien digne des chaînes d’infos. Un quadragénaire aux manières méridionales tente un « Allez Barto ! » qui provoque quelques sourires mais ne fait pas de vagues. La jet-set politique a repris sa causette. Au-dessus de la mêlée, François Kalfon, responsable presse auprès de Bartolone, penche sa grande silhouette vers les micros de télévision pour rassurer les journalistes.

21h30. I>Télé est rentrée dans le rang, la droite exulte sur les écrans. Personne ne siffle Pécresse lorsqu’elle apparaît tout sourire pour annoncer son triomphe. Quelques voix se persuadent encore que la partie n’est pas perdue. S’indigner ne serait pas digne de ce barnum, chacun reste discret. On croirait presque que les plus déçus sont les journalistes, souvent minés parce qu’ils voulaient la victoire de la gauche, toujours frustrés de n’avoir pas suivi l’équipe gagnante. On cherche du regard les caciques du parti. Le héros de la soirée tarde à venir.

22h04. Claude Bartolone s’engouffre par la porte où l’attendent depuis un quart d’heure les flashs des photographes. Il grimpe la marche de son estrade et parle au perchoir pendant quelques minutes pour reconnaître la défaite. Au premier rang, les caméramans le cernent et le prennent sous tous les angles  ; à l’arrière, les militants aperçoivent à peine le champion qu’ils ont attendu toute la soirée. On applaudit l’arrivée comme on applaudira le départ, sans hourras pour le vaincu ni huées pour l’équipe adverse.

Bartolone s’en va par où il est parti sans se mêler à ses partisans. Personne ne s’en offusque, tout le monde va faire de même. Les journalistes remballent leur matériel, enregistrent un dernier papier. Sur un téléviseur, Marion Maréchal-Le Pen fête son échec au milieu des rangs de partisans. La défaite n’a pas l’air d’entamer la ferveur des frontistes qui chantent la Marseillaise et rient avec leur candidate. À Paris, le revers ne peut pas atteindre non plus l’esprit militants des adhérents PS; celui-ci a disparu depuis longtemps.

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