[Reportage] Derrière l’écran, les coulisses du cinéma

Le cinéma fait rêver depuis sa création. Mais avant d’atterrir en salle, un film s’écrit, se tourne et se monte. Quelle est la recette d’un tournage réussi ? Acteurs, éclairage, caméra, répétitions, clap, effets spéciaux… Immersion dans la « magie du cinéma », pour en savoir davantage sur ce que personne ne voit.

Rayer les idées reçues sur le cinéma

Une fois plongé dans les coulisses du cinéma, un balayage des idées reçues sur le cinéma est nécessaire.

En immersion plusieurs jours sur le tournage d’un court métrage en région parisienne , Thibault Taccone, chef opérateur et chef électro pour ce tournage, livre les secrets et les « choses importantes à savoir sur un tournage ».

Tentant de démêler les câbles, il les attache un par un avec du gaffer tout en discutant lumière avec « le chef op» avec qui il « gère la lumière de l’image ».

« La première chose importante à savoir, c’est qu’un film n’est pas tourné dans l’ordre dans lequel on le voit. » confie-t-il.

Il n’est pas « logique qu’un personnage retourne plusieurs fois sur le même lieu pour les besoins de l’histoire, toute l’équipe ne va pas à chaque fois tout déplacer (éclairage, installation de machinerie…) pour revenir au même endroit : cela couterait trop cher et serait totalement inutile. »

C’est pourquoi le tournage est organisé en fonction des décors et non pas d’après la chronologie du scénario. « En clair, on tourne dans un même décor toutes les scènes, peu importe où elles se situent dans l’histoire. »

Pour veiller à ce que les raccords soient parfaits au moment du montage et que cela demeure « transparent », la scripte contrôle chaque plan, « non seulement au niveau des positions des objets (niveau du verre par exemple), de l’éclairage, de la position des acteurs, du costume… mais aussi et surtout au niveau de la psychologie du personnage. »

Roulant sa troisième cigarette de sa main droite, un café dans l’autre, il rappelle que beaucoup d’erreurs de films sont dues à ces faux raccords. Dont Michel et Michel, deux professionnels du cinéma ont créé une série sur le site Allociné. Chaque épisode rapporte les faux raccords cumulés dans les  grands films. Un véritable succès faisant basculer le spectateur dans les coulisses du septième art.

crédit photo : www.allocine.com
crédit photo : http://www.allocine.com Faux raccord épisode 45. Deux plans similaires sont utilisés pour deux décors déférents à deux moments du film.

Une fois retourné à l’intérieur, dans un décor recréant une chambre d’enfant où près de 50 kilos de lumière sont condensés dans une chaleur tropicale, le climat se tend au sein de l’équipe. Le réalisateur s’énerve  : le cadreur n’est pas revenu de pause, ils sont « à la bourre » chuchote-t-il, en cherchant le cadreur des yeux. Après 11 prises où l’actrice pleure dans le lit de sa fille, les acteurs et l’équipe technique ont droit à une pause de « 5 minutes pas plus » annoncée par le réalisateur.

« Le temps c’est de l’argent »

« L’argent et le tournage : aussi ennemis que chien et chat » soupire-t-il en grignotant une part de cake au chocolat d’une main et fumant de l’autre. Tourner un film coute très cher : il y a bien entendu les « cachets » de toute l’équipe, « mais aussi la location du matériel » (caméra, éclairage, machinerie), « du lieu de tournage », des camions ainsi que le repas à prévoir. « Dans les conventions collectives, la production comme ici, doit fournir un repas complet et mettre à disposition de l’équipe une table régie composée de café et d’aliments nourrissants pour pallier aux fringales », notamment chez les techniciens qui font un travail physique toute la journée.

Le fameux dicton « le temps c’est de l’argent » prend tout son sens au sein d’une équipe de tournage. « Toute personne peu efficace ou qui commet des erreurs faisant perdre du temps, est immédiatement révoquée » précise le chef opérateur. 

Tentant d’articuler quelques mots entre ses bouchées, il argumente : « Personne n’a de budget illimité, tout compte. Ce bout de cake au chocolat je le mange maintenant car nous allons tourner une scène très physique et je sais que j’ai besoin de manger avant. Alors ce cake fait partie de notre super équipe de régisseurs finalement. »

Le cinéma ne laisse pas de place à l’erreur. Dans les longs métrages comme celui-ci, personne n’a la possibilité de se tromper. Il faut être efficace, travailler vite et bien. « La production ne peut pas se permettre de garder un technicien qui serait trop long à installer l’éclairage, ou un assistant caméra qui oublierait de charger les batteries. »

Comparable à une brigade de cuisine où chacun tient un rôle précis et dépend des camarades avec lesquels il travaille, au sein d’un tournage c’est le travail d’équipe qui domine.
« Dans le cinéma, chaque personne occupe une seule fonction, celle pour laquelle elle est payée ». Pour illustrer cette affirmation, il donne pour exemple les fonctions attribuées au cadreur. « La personne qui cadre ne fait que ça : elle ne charge pas les batteries, ne change pas les cartes, les objectifs. Chaque membre de l’équipe doit maitriser parfaitement son art : il n’y a pas de place pour la polyvalence ».

Les oubliés des tournages

En reprenant une deuxième part de cake et demandant du café à Romain, le régisseur général, Thibault Taccone hausse le ton et le regarde droit dans les yeux, comme pour faire une déclaration : « Ils sont souvent sous-estimés et pourtant ce sont les meilleurs ». La régie qui s’occupe de l’organisation du tournage, « est le papa et la maman de tout le monde » dit-il en faisant une accolade à ses collègues régisseurs.

« Nous avons tous en tête les grands réalisateurs, les grands acteurs et pour les puristes les techniciens principaux [le chef opérateur qui fait la lumière, le monteur qui met en forme le film, le compositeur qui se charge de la musique… NDLR]. Mais la régie est essentielle au tournage, cela va du « pick up » [aller chercher un comédien à tel endroit], au transport du matériel H.M.C. [habillage, maquillage, coiffure], à veiller à ce qu’il y ait toujours du café, à prévoir en amont les autorisations de tournage, à contrôler que personne n’entre sur le plateau… » Il conclut en regardant Romain, le régisseur général du tournage : « C’est une équipe sans laquelle le tournage ne pourrait pas se faire. »

La bande son

Entre deux scènes, en réglant trois mandarines chaudes, ces fameuses lampes utiliser pour l’éclairage lors des tournages, Thibault explique que la bande son est « de la plus haute importance » pour n’importe quel long ou court métrage.
Le film sonore et parlant apparu dans les années 30 a « changé le cinéma » rappelle-t-il au volant de son « bahut », camion noir gigantesque chargé avec tout le matériel de tournage du jour.

credit photo : http://www.gramton.com
Une lampe mandarine credit photo : http://www.gramton.com

La bande son ne suscite pas « l’intérêt qu’elle mérite. Reproduire une ambiance sonore est extrêmement difficile et relève quasiment du subconscient. » Dans un film, le son est partout. « Même si vous ne l’entendez pas car personne n’y prête attention, il y a du bruit : le ventilateur de l’ordinateur, une voiture qui passe, Le réfrigérateur qui se met en marche, un voisin qui claque la porte. Le silence n’est jamais total. »

En parlant de la bande son, il parle de l’ingénieur du son, celui qui est « payé pour recréer, ex-nihilo, l’ambiance d’un lieu ». Il fait remarquer l’importance du rôle tenu par l’ingénieur du son et le perchman qui « enregistre le son vide » pour prendre ce que l’on appelle des « sons d’ambiance », nous. » « Il en existe des centaines, des bruits de vent différents qui produiront chez le spectateur un sentiment unique. » Il y a aussi les bruiteurs, qui « recrée tous les bruits : bruissement des vêtements, cigarette qui se consume, les pas dans le gravier… »

Perchman 2
Crédit photo: Arfis.com (école des métiers du cinéma et de l’audiovisuel)

Pour conclure sur le son, il délivre une information capitale : « tous les films sont doublés », même si le son est enregistré au moment du tournage pour servir de base. « L’acteur, une fois le montage terminé, viendra poser sa voix sur sa prestation afin d’obtenir une qualité parfaite ». Cette technique s’appelle la « post synchro son ».

Le cinéma à la française

Faisant une brève histoire du cinéma international et français, il explique que « la gestion du cinéma en France, initiée par André Malraux, est si spécifique qu’on la dit à la Française ». « Sur chaque billet de cinéma acheté en France, il est prélevé un pourcentage qui servira à l’écriture et au développement d’autres projets ». Ce qui explique pourquoi le prix du billet de cinéma est si élevé en France. « C’est une législation unique qui provoque aussi le mécontentement des distributeurs étrangers qui désirent diffuser les films en France ». À prix égal, leur marge est réduite.

Coup de gueule et anecdote

En empilant les pieds de projecteurs dans l’immense camion noir de matériel, le corps et l’esprit lessivés par cette journée, Thibault ne peut s’empêcher un coup de gueule : « les acteurs sont trop payés en France. Le coût d’un film est grandement lié au prix du cachet des l’acteurs principaux. » Mais à titre d’exemple sur une estimation globale, les acteurs français comme Jean Dujardin, Marion Cotillard ou Vincent Cassel sont payés entre 2 et 10 fois moins cher qu’aux Etats Unis, et leur cachet correspond à seulement 10% du film. Même si cela est déjà démesuré par rapport aux autres membres de l’équipe d’un long ou court métrage.

crédit photo : www.cargrip.com
Exemple de camion utilisé pour charger le matériel lors des tournages. Crédit photo : http://www.cargrip.com

 

Pour finir ce reportage, Thibault Taccone livre une anecdote de tournage :

« On tournait dans un décor qui se situait à République à Paris. C’était un immense appartement que l’on devait intégralement éclairer : hall d’entrée, couloirs, chambres, cuisine et même les parties communes. C’était un réel casse-tête pour obtenir une lumière qui collait avec non seulement chaque endroit du décor, mais aussi avec l’état d’esprit des personnages à tel moment du film. L’appartement était présent plusieurs fois dans le scénario avec des ambiances différentes : jour, nuit, dispute, couple faisant l’amour… Mon chef électro de l’époque avec un autre collègue électro et moi-même devions tirer des câbles d’en bas car il n’y avait pas assez de puissance sur place.

Quelle frayeur de se pencher du 5ème pour tirer les lignes… On n’avait pas trop de budget, il y avait deux poids-lourds entiers à monter au 5ème étage sans ascenseur. Mon dos s’en souvient encore, mais quel soulagement quand on a partagé ce pack de bière une fois tout ce matos acheminé là-haut. »

Pour en savoir plus sur les coulisses du cinéma…

  • Vidéo tournée par l’émission strip-tease sur le tournage chaotique du parapluie de Cherbourg du réalisateur Jean-Pierre Mocky qui à une façon bien à lui de concevoir le tournage.
  • Le livre, Réaliser ses films efficacement  de Romain B. pour en savoir plus sur le cinéma et ses coulisses et aussi pour réaliser ses films avec un petit budget.
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