[Reportage] Itinéraire d’un jeune militant

« Cette année mon redoublement m’offre plus de temps pour m’investir dans le collectif et faire du terrain. » Reportage.

Il est 11h00, sortie de métro porte de Saint Ouen. Les klaxons de bagnoles fusent dans tous les sens. Le quartier est agité. Sans trop tarder, nous suivons Julian qui, aujourd’hui, a troqué sa blouse blanche contre la cape de militant. C’est avec une démarche décidée que l’étudiant en troisième année de médecine traverse le périphérique pour y rejoindre l’hôtel de seconde zone dans lequel se trouvent des réfugiés de guerre. La mairie de Paris les loge de façon provisoire. Le brun un peu chétif au regard acéré nous affirme que « ça devrait être calme aujourd’hui, même si parfois ça dégénère. Le mois dernier, un Syrien a tué un Soudanais, ce qui a provoqué quelques tensions entre ces deux communautés ».

Cinq minutes de marche et l’hôtel se montre. Nous ne sommes pas dans un camp de réfugiés ni dans la jungle de Calais, pourtant il y a quelques similitudes. Aux abords de l’hôtel, la rue est sale, des sacs plastiques usagés papillonnent, les containers débordent d’objets incongrus et irrécupérables. Comme si les agents de maintien de la propreté de la ville avaient effacé cette rue de leur carte. On passe les portes automatiques de l’hôtel et l’on croise un homme à l’accueil. Accoudé au comptoir, il se contente d’un hochement de tête. Sûrement le gérant des lieux. L’air convaincu d’agir pour la bonne cause, le pauvre homme paraît tout de même dépassé par les évènements et le va-et-vient incessants des réfugiés.

Difficile dans ces conditions de déterminer les places encore disponibles ici. Dans le hall, les réfugiés sont calmes. Quelques discussions provoquent le sourire. Trois étages plus haut, l’ascenseur s’ouvre sur un long et large couloir, typique de ceux des chaînes d’hôtels situés en périphérie des grandes villes. Quelques femmes de ménages changent les lits et nettoient les chambres à un rythme soutenu. La fin de matinée approche, tout doit être impeccable.

Une trentaine de mètres plus tard, chambre 207,  Julian retrouve son ami afghan. S’ensuit une longue accolade. Les deux hommes affichent de larges sourires. Julian a apporté un peu de crème et des médicaments. C’est souvent comme ça. Notre militant donne un peu de confort dès qu’il en a l’occasion. Nous rencontrons un homme de 26 ans qui en paraît 36. Il a les traits marqués. Fuir son pays pour gagner l’Angleterre, repartir en Grèce durant un an avant de retrouver la France l’aura usé. Et dans 20 jours,  il faudra composer un nouvel itinéraire.

Sa chambre d’une dizaine de mètres carrés contient le strict nécessaire. Un lavabo dans un coin sur lequel se mêlent produits d’hygiènes personnelles et produits d’entretiens. Une télévision dans l’angle d’en face soutient un plateau contenant des tasses et des sachets de thé. Tout mouvement est maintenant compliqué. Nous nous asseyons sur le lit. Notre amie réfugié nous raconte son périple. Les horreurs qui l’ont poussées à fuir son pays et laisser sa famille. En parler est difficile, il est à fleur de peau. Son regard se submerge de temps à autre. Sa voix se fragilise. Le ton employé se fait plus lent. Il vit son passage en France comme un moment de répit. Notre gaillard sait qu’il devra refaire sa valise d’ici une vingtaine de jours. Il a l’habitude et semble prendre la chose avec philosophie. En attendant, il bénéficie de tickets repas de 5 euros par jour par la ville de Paris. Selon Julian, les Afghans sont bien organisés. Ils sont au courant des distributions de nourritures gratuites. Cette somme journalière leurs permet de s’assurer d’un minimum et de vivre une vie de débrouille. Maintenant nous en savons un peu plus sur les conditions de certains réfugiés. Certains, car tous n’ont pas la chance relative d’avoir un toit sous lequel dormir.

Le collectif du BAAM avec lequel agit Julian et ses camarades se bat au quotidien pour que les migrants puissent vivre dans des conditions dignes. Bientôt association par son immatriculation à la préfecture de Paris, le mouvement veut avoir une force de frappe plus importante, nous avoue t-il « nous voulons multiplier nos moyens d’actions en ajoutant au collectif la cellule associative pour rester autonome dans notre fonctionnement tout en pouvant multiplier nos moyens ». Le but de l’association est de trouver un local dans lequel on pourrait réunir les informations importantes pour les migrants. Des informations permettant de bénéficier de soin, de nourriture ou encore des informations juridiques pour réaliser les dossiers de demandeurs d’asile. Une cellule de communication est à l’ordre du jour nous dit Julian « aujourd’hui tout est politique, c’est pourquoi nous devons être plus stratégique dans notre communication. Seul le blog de Mediapart relaie nos actions, c’est pas mal mais c’est encore trop peu ».

« Le rapport à la police est compliqué, elle exécute sans réfléchir, alors qu’on ne leur demande que d’être juste un peu plus humain » raconte le militant. Les forces de l’ordre ne semblent pas compréhensives. La ville de Paris ne remplit pas toujours son rôle et les promesses d’Anne Hidalgo sont bien loin d’être tenues. « Aujourd’hui les collectifs et les associations se substituent à l’État, c’est un scandale » regrette le futur médecin. L’inversion des rôles semble flagrante et les politiques s’amusent à faire de la récupération « lors d’une manifestation, le NPA (nouveau parti anticapitaliste) s’amusait à donner des drapeaux de leur parti au migrants, c’est lamentable de voir ça… ». Amayoun, son ami Afghan acquiesce. 13h00 ! Il faut quitter les lieux. Une accolade pour dire au revoir à celui qui a bien voulu donner un peu de lui. Il est temps de nous en aller.

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