Le retour du service militaire obligatoire, une nécessité ?

Avec les derniers événements parisiens, le traumatisme des attentats a relancé le débat lié au service militaire. Les différentes classes politiques s’emparent de nouveau de cette thématique.

Une thématique qui met pour une fois d’accord la droite de Xavier Bertrand et la gauche de la députée Marie-Françoise Bechtel. Treiz’Hebdo a mené l’enquête pour vous et en a profité pour rencontrer quatre citoyens du monde qui se sont également penchés sur cette question épineuse.

Les origines

C’est en 1798 que le service militaire voit le jour avec la loi Jourdan-Delbrel qui institue le service militaire comme une « conscription universelle et obligatoire » pendant 5 ans pour tous les Français âgés de 20 ans.

Cette loi intervient en pleine Révolution française, à l’heure où la Garde Nationale – milice de citoyens formée dans chaque ville – est soumise à la « levée en masse ». La levée en masse consistait à enrôler par tirage au sort, des hommes de tous les départements de France, pour faire face à la baisse subite des effectifs de l’armée révolutionnaire.

Six ans plus tard, la loi Jourdan-Delbrel est allégée : seul un quota de 30 à 35 % des célibataires, veufs ou hommes sans enfant, effectue le service militaire. Néanmoins, chaque canton français devait fournir un minimum d’hommes.

Grâce à des stratagèmes multiples, certains évitaient le service militaire. Les familles bourgeoises par exemple, négociaient une somme à payer pour qu’un remplaçant effectue le service à la place de leur fils.

En 1872, le service militaire national est réformé dans sa durée. Il est ramené à 2 ans en 1935, pendant la Seconde Guerre mondiale, puis il passe à 30 mois durant la guerre d’Algérie (1954-1962).

Après de nombreux problèmes d’insoumissions, d’exemptions via des abus de congés maladie ou encore de pétitions, le Conseil des Ministres met fin au service national obligatoire en 2001. Le décret prendra effet un an plus tard.

Et aujourd’hui  ?

Depuis sa suspension en  2002, un simple décret suffirait à rétablir le service militaire.

Aujourd’hui, il est seulement basé sur le volontariat. Quelques critères sont cependant à respecter : être de nationalité française, être agé au minimum 17 ans et demi et au maximum 29 ans, posséder son attestation de la Journée Défense et Citoyenneté (recensement à la mairie ou certificat JDC), jouir de ses droits civiques, et être déclaré apte médicalement.

Alors : rétablir le service militaire ? L’idée fait son chemin.

En janvier 2014, 80% des Français se déclaraient favorables à la création d’un nouveau service national et 40% estimaient que celui-ci devrait être obligatoire. Après les attentats du 7 janvier et du 13 novembre 2015, François Hollande envisage pour le moment de créer une Garde nationale de réservistes.

En novembre dernier, la députée Marie-Françoise Bechtel (Mouvement Républicain et Citoyen) a lancé une pétition pour la mise en place d’un service obligatoire. Quelques jours plus tard, Xavier Bertrand (Les Républicains) réclame lui aussi un service obligatoire de 6 mois.

Alors que des voix s’élèvent sur le sujet, la question financière reste un point délicat dans le débat.

En 1996, la France était équipée, mais aujourd’hui elle ne l’est plus. Le surplus de casernes a été vendu, les formateurs dispatchés dans d’autres secteurs et les emplois anciennement effectuées par les jeunes recrues, externalisées.

De plus, s’il y a 20 ans l’Etat finançait le service militaire à hauteur de 7800 euros par personne, aujourd’hui cette somme pèse lourd dans la balance. Surtout si à cela s’ajoute la construction de nouveaux locaux et la formation de personnels qualifiés.

Malgré ces questions financières, le débat reste ouvert et de nombreux exemples internationaux viennent peser dans la balance.

Recréer un esprit de cohésion nationale                                                              

Le service militaire permettait l’intégration de tous et l’éducation pour ceux qui en avaient été privés socialement.

Il  permettait à la jeunesse – dans sa plus grande mixité sociale – de se rencontrer sans discrimination, sans  distinction religieuse ou d’appartenance. Il permettait de se rassembler sous un même drapeau, sous un même hymne, sous une même devise. Jeunes des banlieues ou enfants des quartiers aisés : ils portaient le même uniforme et étaient soumis au même cadre.

Israel Defense Force

Ran est étudiant à l’école des Beaux-arts de Bezalel, à Jérusalem. Ce jeune israélien de 30 ans a fait son service militaire de 18 à 21 ans. La durée du service national en Israël est de 3 ans minimum pour les hommes, et de 22 mois minimum pour les femmes.

Ran avoue avoir apprécié ce brassage social et confie avec nostalgie : « Tu rencontres beaucoup de gens que tu n’aurais jamais rencontré s’il n’y avait pas eu le service militaire comme point de contact. Avec le temps, ces jeunes deviennent comme une nouvelle famille. C’est difficile à décrire avec des mots mais les gens que tu rencontres là bas – au vue de ce que vous vivez ensemble – deviennent réellement des personnes aussi importants que tes proches à un moment de ta vie. »

A l’heure où certains jeunes manquent de repères et où le brassage social ne semble plus une priorité, le service militaire pourrait donner une impulsion nouvelle à une jeunesse en quête d’identité. Il permettrait d’amoindrir le communautariste qui gangrène nos sociétés et ressouderait les français durant une expérience unique et formatrice.

Vincent aussi se souvient de son service militaire. Ce quarantenaire travaille dans une société de location de voiture depuis quelques années et garde de bons souvenirs de cette expérience et des rencontres qu’il y a faite : « Moi j’ai adoré le service militaire. J’ai même fait en sorte de partir 18 mois plutôt qu’un an pour pourvoir aller au Sénégal. C’était pas évident tous les jours, les superviseurs étaient dures avec nous. Mais j’en garde un super souvenir ! Tout le monde venait d’un peu partout, c’était génial. Je peux vous assurer qu’on s’est bien marré avec les copains. »

Certains en garde de très bons souvenirs, d’autres un peu moins…

Une expérience marquante

Isabelle a 52 ans. Elle a effectué son service militaire en banlieue parisienne et pour elle cela n’a pas été une partie de plaisir : « Vous savez, à cet âge-là vous avez un esprit rebelle, et moi la première ! Je me souviens qu’une de nos monitrices m’avait prise en grippe parce que ma coiffure ne lui convenait pas. Elle voulait que mes cheveux soient plaqués, qu’aucune mèches ne dépassent : un exercice impossible au vue de mes cheveux très fins ! Un jour, elle m’a attrapé la queue de cheval et a tiré fort parce « qu’encore une fois » ma coiffure n’était pas parfaite. Ce jour-là, c’était la fois de trop : j’ai craqué et je suis partie. »

Pour Ran, le service militaire lui a apporté beaucoup de choses, mais cette expérience l’a tout de même marqué à vie : « Le service militaire c’est aussi la première fois que tu vis hors de chez toi. On te dit ce que tu dois faire, tu as des limites à ne pas dépasser, tu as des règles très strictes. Tu dois apprendre comment le système marche, tu dois participer à ce système et y trouver ta place. Mine de rien, je pense que c’est beaucoup de choses pour un adolescent de seulement 18 ans. Alors oui, tu développes des acuités particulières après le service militaire mais il y a aussi des parties moins amusantes : tu vois des choses que tu n’oublies jamais. »  

Un besoin de repaires

En 2013, Ran a vécu un an à Milan, en Italie. Une expérience qui lui a permis de se confronter à la jeunesse occidentale pour la première fois. Il s’est rendu compte de quelques différences entre les jeunes israéliens – qui ont fait le service militaire – et les jeunes européens – qui ne le font plus.

« Il y a une chose qui m’a frappé en Europe : les jeunes semblent plus perdus, moins sûrs d’eux et de leurs choix de vie. Ils sont aussi un peu plus débridés que nous, plus insouciants. Je ne pourrais pas affirmer avec certitude que cela est dû au fait que beaucoup n’ont pas fait le service militaire, mais en Israël c’est différent [Rappelons, qu’aujourd’hui, la situation politique est particulière en Israël]. Quand vous avez vu ce que peut être la dureté de la vie en côtoyant la guerre et les armes, votre vision du monde change totalement, ça vous recadre en quelques sortes. La vie prend une dimension toute particulière après le service militaire. Tu comprends la valeur qu’elle a vraiment. »

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Les choses que le jeune Israélien a apprises pendant ces années de service lui servent encore aujourd’hui, au quotidien :  » Tes sens deviennent plus aiguisés après le service. Tu reconnais plus facilement les situations dangereuses. Tu sais te débrouiller dans le monde extérieur, et t’y adapter. Tu es en alerte et cela peut t’aider toi-même, mais aussi les gens qui t’entourent quand tu les vois dans des situations où ton intervention est nécessaire. »

Un « break » nécessaire

Le besoin de servir un idéal ou d’appartenir à un territoire et d’en être fier est important pour un adulte en devenir. La jeunesse a besoin d’un rîte initiatique de passage pour commencer sa propre vie, se détacher du cocon familial et voler de ses propres ailes.

Avec l’abolition du service militaire obligatoire, la jeunesse a trouvé d’autres rîtes initiatiques : les années de césures sont devenues un bon moyen de rupture avec la routine des études. Le réseau d’associations Animafac a publié une étude en mai 2015, qui révèle que 50% des jeunes ayant entre 18 et 24 ans aimeraient prendre une année de césure dans leur parcours scolaire pour partir à l’étranger.

Lucile a aujourd’hui 25 ans. À 19 ans, cette étudiante parisienne décide de prendre le large et de poser ses valises en Australie pour une année de césure.

« Je suis née dans une bulle privilégiée et à 19 ans je suis arrivée à un stade de ma vie où j’avais besoin de changement, de rompre avec mon enfance, de devenir autonome mais aussi de vivre une expérience nouvelle, une mise à l’épreuve pour grandir et voir ce que je valais en me débrouillant toute seule, en étant livrée à moi-même. »

De plus en plus de jeunes optent pour cette année de césure. Cette nouveauté est-elle liée à l’abolition du service militaire ? Pour Lucile, la relation entre les deux est évidente.

« Si j’avais fait le service militaire, je ne pense pas que je serais partie. Il m’aurait probablement apporté ce que je cherchais en partant en Australie : la recherche d’un certain inconfort pour pouvoir vraiment apprécier celui qu’on a chez soi, le besoin de faire de nouvelles rencontres, qu’on me rappelle certaines valeurs chères à mon pays, que je peux être utile à quelque chose…  Nous sommes beaucoup à partir pour toutes ces raisons. Je suis favorable au retour du service militaire, je pense par contre que 6 à 8 mois sont largement suffisants. »

A l’âge de l’adulescence, le besoin de rupture définitive avec l’adolescence semble évidente. La jeunesse a besoin d’une pause pour se retrouver, ou pour se trouver, tout simplement. Pourquoi ne pas lui proposer une rupture plus saine via le service militaire ? Cette expérience apporterait aux jeunes une structure, un cadre et une certaine discipline acquise en apportant sa participation personnelle à la défense du pays.

Cet apprentissage permettrait aux jeunes de développer une identité patriotique dont ils seront fiers et avec cette certitude de tenir individuellement une place importante dans la société.

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