[Reportage] L’enquête sur le Gardasil classée sans suite

Le 26 octobre dernier, le Parquet de Paris a rendu sa décision. Aucune relation avérée entre le vaccin et les effets secondaires neurologiques relevés chez plusieurs patientes.

Classé sans suite… tu imagines, quel coup de Trafalgar ! Dégoutée… je suis DE-GOU-TÉE .

Voici comment démarre l’appel téléphonique que Justine passe à sa mère. Cela fait près de 3 ans qu’elles se battent toutes les deux pour que le Gardasil soit incriminé comme déclencheur de pathologies auto-immunes.

Les yeux bleus de Justine s’embuent de larmes. Cette jeune fille de 23 ans souffre d’un lupus, une maladie démocratisée par le chanteur Seal et plus récemment par la starlette américaine Selena Gomez. Les symptômes majeurs sont apparus il y a 4 ans : asthénie (gros coups de fatigue), douleurs articulaires aigües… rien ne prédisposait Justine à contracter cette maladie. D’ailleurs, à dire vrai, les chercheurs s’accordent pour dire que les causes demeurent obscures. Seule information statistique : le fait que les femmes apparaissent comme les victimes majeures – 9 cas sur 10 sont des femmes. Un facteur hormonal pourrait être à l’origine de cette surreprésentation féminine au sein des patients, mais rien de certain.

Étudiante à Jussieu en licence de géologie, Justine loue un studio dans une cité universitaire du 19ème. Son intérieur :  celui d’une jeune femme mature, fan de Do It Yourself, la tendance du moment.

En même temps, comme elle le confie

J’ai du arrêter le sport avec le lupus, trop fatiguant, j’étais à ramasser. Il fallait bien que je m’occupe.

Elle dessine, peint, brode, coud, colle… elle fabrique, passe son temps libre à cela. Et pour se vider la tête surtout.

Elle partage sa vie avec Guillaume – étudiant tout comme elle à Jussieu. Ce qui l’a attiré chez Justine ? « Son énergie. Elle ne tient pas en place » et puis, confie-t-il en baissant les yeux et esquissant un sourire « son regard bleu azur ».

Justine et son regard bleu azur

Et pourtant ce regard océan se transforme vite en gris souris lorsque Justine revient aux causes présumées de son lupus.

 Comme toutes mamans responsables, la mienne m’a incitée à me faire vacciner contre papillomavirus responsable du  cancer du col de l’utérus. Maman a été réceptive aux campagnes de communication. Faut dire qu’elles étaient bien culpabilisantes aussi.

Justine fête ses 14 ans quand le laboratoire Sanofi Pasteur MSD met le Gardasil sur le marché en 2006 et se fait vacciner avec 3 injections à 16 ans.

Ce vaccin nouvelle génération a pour but de protéger contre le papillomavirus, responsable de grand nombre des cancers du col de l’utérus. Il existe 150 souches de virus dont 40 peuvent avoir des conséquences sur les organes génitaux. Le vaccin protège plus particulièrement contre les papillomavirus (HPV)  6, 11, 16 et 18. Soit près de 70% des cas. Cette vaccination hautement recommandée par le Haut Conseil de la Santé Publique pour les jeunes filles de 9 à 14 ans avant le démarrage d’une vie sexuelle, a fait l’objet d’une vaste polémique. Notamment concernant ses présumés effets secondaires…

Des 4 coins du monde, les revendications et les plaintes ont afflué. Espagne, Japon, France, Etats-Unis… Dans le monde, plus de 25,000 effets indésirables graves ont été signalés, sur 127 millions de doses de Gardasil. L’ANSM (Autorité Nationale de Santé du Médicament) indique que les effets secondaires les plus fréquents restent des douleurs au point d’injection, des réactions fébriles, des malaises et des maux de tête. Bref, comme un vaccin classique en somme. En revanche, pas de douleurs articulaires ou de fatigue chronique… le cas de Justine.

© X. Pardessus/GNO/ Picture Tank
© X. Pardessus/GNO/ Picture Tank

Pourtant, une fois le diagnostic du Lupus tombé, l’étudiante commence à s’interroger, se renseigne et finit par trouver Camille Kouchner – fille de Bernard Kouchner, avocate à la cour. Cette dernière est une des premières à médiatiser le lien potentiel entre le Gardasil et les maladies auto-immunes comme la sclerose en plaque ou la maladie de Guillain-Barré. Le lupus quant à lui est écarté d’un potentiel lien de cause à effet.

Après récupération de son dossier médical et étude de son cas, Justine obtient la défense de Camille Kouchner. Elle raconte qu’elle accepte même d’être interrogée par Canal Plus pour l’émission Le Supplément.

Il fallait que les gens sachent et surtout que d’autres jeunes filles puissent se reconnaître dans ce que je disais.

Aujourd’hui, elles sont près de 50 à avoir rejoint le combat via divers avocats.

La bouilloire siffle – Guillaume se lève pour s’occuper du thé. Sur le rebord de l’évier trônent des boîtes de médicaments. Du Plaquenil depuis 5 ans. C’est le traitement que Justine prend quotidiennement et à vie pour réduire ou tout du moins, tolérer les effets du Lupus qui la ronge. Coup dur quand on a 23 ans. Coup dur aussi quand il faut monter sur la balance et réaliser que ces satanés médicaments lui ont fait prendre 10kg.

Le Lupus lui vole ses meilleures années – celles qu’on passe à sortir, faire la fête, faire du sport et dormir peu. Il lui faut ses 10 heures de sommeil quotidienne sinon… elle ne tient pas.

Justine assure et ne se laisse pas abattre. Le temps libre que lui laissent ses cours, elle l’occupe nécessairement avec des petits boulots. Tantôt garde d’enfants ou professeur Acadomia, Justine doit faire face au coût de son studio, de ses études et de la vie quotidienne. Cette fille de parents divorcés a du s’assumer très tôt. Paradoxe enchanteur, elle ne manque pas d’énergie Justine. Ou tout du moins, elle l’utilise à bon escient. Elle a appris à connaître son corps, prévenir les coups de fatigue et aménager sa vie en fonction de la maladie.

Quelle conséquence sur sa vie de femme ?

Des enfants, Justine en veut – ne conçoit pas sa vie sans.

Si naturellement cela n’est pas possible, j’essaierai tout : PMA, adoption  – je ne baisserai pas les bras.

Combattivité, patience et volonté – il va en falloir à Justine et aux autres plaignantes pour faire face à la décision du Parquet de Paris. Rendue le 26 octobre dernier, cette dernière classe l’enquête contre le Gardasil : « Aucune pathologie n’a été reconnue comme étant en lien de causalité directe avec ce vaccin », a expliqué le 4 novembre à l’AFP une source judiciaire.

Camille Kouchner et d’autres n’ont pas dit leur dernier mot et vont porter une nouvelle action en justice notamment en se constituant partie civile. En attendant, Justine et Guillaume font des projets – des projets de vacances.

Farniente, chaise-longue et plage : repos pour recharger mes batteries.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s