Ces étiquettes de vin croquées par Charlie

Gérard Descrambes, célèbre vigneron moustachu dans le Bordelais fournissait ses bouteilles, l’équipe de Charlie en contre-partie dessinait ses étiquettes. Histoire d’une amitié insolite et indéfectible.

L’histoire des étiquettes de Charlie est née d’un épisode historique malheureux. Dans les années 1970, les Américains arrivent à St Emilion et font une razzia. Ils achètent au prix fort, puis ils achètent encore jusqu’à ce que les cours du vin s’effondrent…

Gérard Descrambre, viticulteur à Saint-Sulpice-de-Faleyrens au  château Barrail des Graves ainsi qu’au chateau de la Rennaissance dans le Bordelais, est ruiné. En phase de succession, son emprunt bancaire est trop important, il doit trouver des moyens financiers minimes pour la survie de son exploitation.

Lui vient alors, une idée de génie…

Pionniers du bio dans le Bordelais (depuis 1954) Gérard et son frère sont attirés par la bande de copains de Charlie Hebdo. Charlie faisait partie des rares à s’intéresser à l’agriculture biologique et responsable.

Gérard se lance et écrit au professeur Choron : « Commande-moi du vin et au lieu de t’adresser la facture, je l’accrocherai dans mes chiottes. » Ce à quoi il s’est vu répondre : « Envoies-moi 60 bouteilles du meilleur et du plus cher. » Le vin est parti direction Paris à la rédaction de Charlie Hebdo et la facture est restée à l’endroit promis.

Durant 40 millésimes, les coups de crayon de Charlie ont fait les étiquettes des deux châteaux. Leur exploitation n’a pas fait faillite et en prime, Gérard avait trouvé une bande de copain incroyable.

descambre

©sudouest.fr / Gérard Descrambe et ses bouteilles croquées par Tignous, en 2000.

Journaliste pour France Inter dans l’émission On va déguster, tous les dimanche entre 11h et 12h, Dominique Hutin, amoureux du vin, souffle une anecdote au sujet de cette histoire folle entre « ce vigneron rigolard et tous ceux qui ont fait Charlie Hebdo » :

Plusieurs fois par an, [Gérard Descrambe ] tient une table ouverte, avec ses vins, dans un restaurant de couscous sous pretexte d’y livrer son vin. L’endroit est typé : Mitterrand y avait ses habitudes et son rond de serviette. C’est ainsi que sous les auspices de Saint Gérard et de Saint Emilion, tout ce que Charlie tient de satellites y joue régulièrement une version foutraque de la Cène, une grande tablée débordante de gouaille et de crayons affûtés à laquelle je me suis rallié quelques fois à l’heure du déjeuner. Sans jamais commettre l’imprudence de programmer une tâche professionnelle l’après-midi. Surtout lorsque l’on enchainait avec un « Viens on va chez le professeur Choron ». La main encore chaude d’avoir serré celle de l’immense Gébé, nous prenions le départ… Avant d’opérer un crochet par l’antre minuscule de Cavana. Méfiez-vous : avec Gérard Descrambes comme guide, l’après-midi peut facilement prendre des airs de tournée improvisée des monuments de Paris.

Quelques étiquettes de Gérard Descrambes croquées par Charlie Hebdo.

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© Reiser (1972)

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© Wolinski (1977)

© Cavana (1988)

© Charb (1995)

© Tignous (2000)

© Gébé (2000)
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