Tarantino redevient salopard

Huis-clos pour huit gueules de cinéma, Les Huit Salopards signe un retour tendu et brutal de Quentin Tarantino à ses premiers films. Pour son meilleur.

Le film s’ouvre au galop dans les plaines gelées du Wyoming après la guerre de Sécession, au rythme d’une musique très western signée Ennio Morricone… On aurait pu se croire dans la suite de Django Unchained mais cette fois, Tarantino ne s’embourbe pas dans l’Histoire et la laisse en toile de fond de cette confrontation des pires raclures de l’ouest américain. Le major Marquis Warren (Samuel L. Jackson), ancien soldat de l’Union devenu chasseur de primes, rencontre au milieu du blizzard l’attelage de John Ruth (Kurt Russel), confrère aimablement surnommé « le Bourreau », qui amène une criminelle captive (Jennifer Jason Leigh) vers la ville de Red Rock où l’attend la potence.

Après les errements de ses deux épopées historiques, Quentin Tarantino signe un huis-clos oppressant et tendu, dans la droite ligne de son premier succès, Reservoir Dogs. 23 ans après, c’est le retour des dialogues stylisés et bourrus qui ont fait sa gloire, au service d’acteurs très à l’aise dans ces rôles de sales gueules du Far West : chasseur de primes qui épargne ses prises pour mieux les voir se balancer au bout d’une corde, shérif sudiste nostalgique de la Confédération, fugitive repoussante et possédée… Les Huit Salopards n’ont pas tous la même épaisseur : dommage, surtout lorsqu’ils sont servis par de bons comédiens comme Tim Roth ou Michael Madsen.

Des dialogues tendus qui retardent autant qu’ils annoncent l’inéluctable violence

En 2H48, le film prend le temps d’installer le malaise, impose ses longueurs au milieu de chaque répartie. Tant mieux, car la tension n’en est que plus vive, et repousse autant qu’elle annonce l’inéluctable violence. Hélas, celle-ci n’est pas de même intensité : Tarantino ne peut pas s’empêcher de transformer son champ de bataille en un exutoire gamin et grotesque, où les balles font des impacts d’obus et propulsent le sang par hectolitres, comme si une simple fusillade ne pouvait pas suffire. Dommage, le dernier chapitre est en deçà du reste du film. Il n’enlève rien au plaisir d’assister enfin aux retrouvailles de Tarantino et de ceux qu’il sait le mieux cadrer, les salauds des deux côtés de la barrière.

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