Les pièges d’un pétrole pas cher

30$ le baril de pétrole. A priori, c’est une bonne nouvelle ! Pourtant, cette ère du pétrole pas cher cache des risques pour l’économie française. 

En France, on estime que la baisse des prix du pétrole a généré 20 milliards d’euros pour le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages. Mais cette déflation qui s’éternise risque de ramollir la croissance française.

Les compagnies françaises solidaires des indices mondiaux du pétrole

Le constat mondial est unanime : il y a trop de pétrole sur les marchés. Avec un stock de plus de 3 milliards de barils au niveau mondial, le déséquilibre offre-demande persiste. Cette surproduction de pétrole à l’échelle planétaire impacte directement les entreprises pétrolières françaises qui subissent de plein fouet la production massive des pays producteurs. Les Etats-Unis revenus en force avec le pétrole de schiste, l’Arabie Saoudite ou encore l’Iran profitant de la levée des sanctions, produisent leurs barils de pétrole à des coûts très compétitifs. Ainsi, le prix du baril déterminé par les indices européen et américain (Brent ou WTI) fait chuter le chiffre d’affaires des compagnies pétrolières. L’entreprise hexagonale Maurel et Prom, a publié un chiffre d’affaires réduit de moitié sur les neuf premiers mois de l’année 2015. De même, Total devrait accuser une baisse de plus de 20% de ses résultats.

Un effet de cascade pour les sous-traitants français

Il s’ensuit un véritable effet de cascade qui affecte tous les collaborateurs des sociétés pétrolières : les compagnies de services ainsi que leurs sous traitants. Ceux-ci assurent la production du pétrole à toutes les étapes de l’exploitation, de l’exploration jusqu’à la mise en production des puits. Comme elles sont principalement contractées par les entreprises productrices, les sociétés de services subissent les replis de production, l’arrêt des projets et la baisse des investissements dans ce secteur ; le rythme et l’ampleur des missions et services qui leurs sont confiées se ralentissent.

Face à une situation de crise qui dépasse le seul stade temporaire, CGG, Technip, Valourec ou encore Schlumberger ont été contraintes de mettre en place des plans d’économie : suppressions d’emplois massives, reports de projets, cessions d’actifs et recapitalisation…

Pour maintenir sa survie, le groupe français CGG a annoncé une nouvelle coupe dans ses effectifs et a supprimé 930 emplois en 2015, ce qui représente une baisse de 30% des effectifs en 2 ans.

Le groupe de services pétroliers franco-américain Schlumberger qui a vu quant à lui, son nombre de puits chuter et a éliminé 34 000 emplois depuis novembre 2014.

Et pour les foyers ? 

Les ménages qui voient leur budget de carburant diminuer considérablement se réjouissent d’une hausse de leur pouvoir d’achat. Mais encore faudrait-il qu’ils fassent le choix de dépenser cet argent ailleurs. Cette réinsertion du budget « carburant » dans d’autres secteurs de consommation n’est pas évidente. Le recul constant du prix du baril de pétrole alimente l’idée que les prix vont continuer à baisser et incite davantage les consommateurs à épargner, plutôt qu’à réinvestir les économies réalisées. Dans la mesure où le sentiment d’une déflation durable tend à s’installer dans la zone euro, l’épargne risque d’être préférée, au détriment des dépenses des ménages dynamisantes pour l’économie.

 Les investissements verts découragés

Pourquoi être écolo quand le pétrole coule à flots ? Non seulement les entreprises françaises et les ménages vont subir un ralentissement visible de l’économie, mais à moins de 35$ le baril de pétrole, la promotion des énergies renouvelables va devenir un exercice de plus en plus laborieux. Les prix si attractifs des énergies fossiles risquent fortement de pénaliser les projets d’investissements verts et de grever la transition écologique en route…

D’autant que l’horizon ne semble pas prêt de s’éclaircir. Pour 2016, l’Opep table sur un baril à 20$… Une reprise vigoureuse de la demande mondiale ne semble pas à l’ordre du jour.

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