TSAI ING-WEN, la petite femme qui effrayait la grande Chine

Suite aux élections du 16 janvier dernier qui ont vu le parti démocrate progressiste de Taïwan triompher pour la première fois face au parti du Kuomintang, la Chine affiche grise mine, se disant « sur la retenue » quant aux résultats.

       Surnommée Hsiao Ing, « petite Ing », c’est une double victoire que savoure Tsai Ing-Wen depuis un peu plus d’une semaine : non seulement la réussite de son parti aux élections présidentielles, mais aussi un triomphe féminin. Deux grandes premières à Taïwan. Le pays était jusque-là gouverné par le Kuomintang, le parti conservateur chinois favorable à un rapprochement économique et stratégique avec la Chine continentale. En perdant non seulement la majorité au parlement mais aussi la présidence, ce dernier a essuyé une défaite cuisante en ce début d’année 2016. La Chine de son côté s’est tue, mesurant en silence les conséquences à venir d’une réussite du PDP aux élections. Pour toute réponse, Pékin a martelé à plusieurs reprises que le parti ne devait en réalité sa victoire qu’à des « problèmes internes » de la péninsule, et pas à un réel attachement pour la candidate et son programme. Néanmoins, avec plus de 6,8 millions de voix pour son camp (52% du score), Tsai Ing-Wen n’a fait qu’une bouchée du plus ancien parti chinois, installé au pouvoir depuis des décennies.

Les relations entre Taïwan et la Chine, déjà fragilisées depuis bien longtemps par des intimidations répétées du gouvernement chinois dans le détroit du Formose, risquent de se tendre davantage après ces présidentielles. Car la « petite Ing », qui puise son inspiration politique dans le sillon d’irréductibles politiciennes comme Merkel et Thatcher qu’elle se plait à citer parmi ses favorites, n’entend pas céder à la pression continentale. Son objectif ? Moderniser Taïwan économiquement et culturellement afin de n’avoir aucun compte à rendre au pouvoir pékinois, même si la démocrate se révèle aujourd’hui bien plus encline au dialogue qu’en 2012 où elle avait affiché une position catégorique quant à la question de l’indépendance de Taïwan.

Issue de la bourgeoisie, Tsai Ing-Wen se révèle femme d’Etat pragmatique et rigoureuse, à la tête du parti de l’opposition depuis 2008 qu’elle dirige d’une main assurée. Son programme se base sur une idéologie progressiste, parfois raccordée au socialisme occidental : développement du système de santé, mariage pour tous, rééquilibre du domaine social, promotion de l’énergie renouvelable et rejet du nucléaire, etc. Cependant, Tsai Ing-Wen doit la dominance de son parti à sa position sur l’indépendance de Taïwan, qui demeure l’opinion majoritaire de son camp.

Marie-Anne, ex-expatriée ayant vécu sur la péninsule durant deux ans et aujourd’hui installée à Paris, assure d’un véritable « bouleversement pour Taïwan, qui va enfin pouvoir prétendre à une identité propre, affranchie de celle de la Chine continentale. » Son mari Chang Xian, originaire de l’île, assure de son côté aussi une grande victoire : « Un vent de progrès social et économique va peut-être enfin pouvoir s’opérer sur le sol taïwanais. Et si le peuple a élu le PDP, c’est qu’il est prêt à marcher dans le sens de ce progrès politique. La preuve que la loi du plus fort ne s’applique pas toujours. »

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