[Reportage] Frotteurs, un fléau pour la gente féminine

Profitant de la foule, ils s’aventurent dans les rames et se collent à leurs victimes. Depuis plus de 10 ans, une brigade spéciale rattachée à la police nationale traque sans relâche ces frotteurs du métro. 

Frotteur : homme qui se colle à des femmes dans les transports en commun. Début janvier, un homme de 22 ans poursuivi pour une agression sexuelle, commise en mai dernier à la station de métro Place de Clichy, a été condamné à deux ans de prison. Ce frotteur s’était collé à sa victime dans un wagon bondé de la ligne 13 et une main dans la poche de son pantalon, avait mis son sexe en érection sur ses fesses.

Prendre le métro, le bus, pour se rendre au travail, aller faire des courses ou encore retrouver des amis sont des actes de la vie quotidienne. Pourtant, la gente féminine ne s’y sent pas en sécurité. 100% des femmes se disent harcelées dans les transports en commun, selon une conclusion choc d’un rapport du Haut Conseil à l’Egalité entre les hommes et les femmes. Un chiffre alarmant dans une société contemporaine et à priori civilisée.

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Regards malsains, insultes, sifflements, regards lubriques, avances déplacées, exhibitions, masturbations et même parfois frottements et attouchements, des moments gênants et déstabilisants comme en témoignent les victimes. « Il y a deux ans, un homme s’est frotté contre moi. J’ai dû pousser les gens pour me dégager » raconte Dominique, 37 ans. « Ces mecs se collent avec insistance dès 9 heures du mat« , précise Coralie, 24 ans. « D’autres profitent des virages pour vous palper les seins, ni vu ni connu« , enchérie Marie, 25 ans. « C’est bien assez pour que vous vous sentiez agressée. Mais trop peu pour que vous n’osiez faire un scandale« , explique Murielle Saloma, psychiatre et auteur du Livre noir des violences sexuelles.

Jusqu’à cinq ans de prison ferme 

Depuis sa création en 2003, la sous-direction régionale de la police des transports est l’organe de commandement opérationnel unique de la sécurité dans les réseaux ferrés d’Ile-de-France. En 2007, elle étend sa mission aux réseaux de surface (comme le bus) de Paris et sa banlieue. Chaque jour, 1 300 policiers assurent la sécurité de 13 millions de voyageurs et procèdent à 60 interpellations. La capitaine Coussot est formel, les frotteurs risquent jusqu’à cinq ans de prison ferme. En 2014, les policiers ont reçu 500 plaintes pour atteinte à caractère sexuel dans les transports en commun, réparties en 43,56% d’exhibitions, 52% d’agressions sexuelles, 4,44% de viols et tentatives de viols. La police précise que lorsque les femmes portent plainte, le taux d’élucidation est proche de 50% grâce à l’exploitation des images de vidéo-protection.

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La police effectue 60 interpellations par jour Crédit photo : AFP

Mais ce phénomène se heurte à un triple problème. D’abord de définition. Même si le terme de « frotteurisme » a pris ses marques dans le dictionnaire Larousse, il n’est pas encore invité dans la loi. Ces actes naviguent donc entre harcèlement sexuel, agression et attouchement. « Si un homme touche une épaule de façon répétitive, il s’agit de harcèlement. Si c’est le sein, c’est une agression sexuelle« , explique Murielle Salmona.

Ensuite, il existe un vrai problème de réaction de la victime comme de l’entourage. Pour le capitaine Coussot, chef de la brigade de lutte contre les atteintes à la sécurité dans les transports, le fait que les femmes n’osent pas s’exprimer et déposer plainte pose un vrai souci. Il pointe ainsi l’importance de les dénoncer : « Les frotteurs sont très discrets dans leur manière de procéder. Leur identification reste difficile en raison de la foule aux heures de pointe. Ils ne sont presque jamais attrapés. Il est donc important que les victimes se rendent aux commissariats. Grâce aux images de vidéosurveillance et parfois aux prélèvements ADN, 75% des cas déclarés sont élucidés ».

Trahi par son ADN

C’est le cas de l’agresseur d’Amandine, 33 ans. « J’étais dans le RER B, un homme me collait d’un peu trop près. J’ai essayé de me décaler mais il était assez insistant. Sur le moment, on n’ose rien dire. Mais en sortant de la rame, mon copain qui venait de me rejoindre a découvert une tâche sur mon pantalon« . Trois mois après, le frotteur, un homme de 31 ans était condamné à quinze mois de prison. « Dans ce dossier, la victime a eu le bon réflexe. Elle a immédiatement déposé plainte et son vêtement a été placé sous scellé pour une recherche d’ADN. Comparée au fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), la trace laissée par son agresseur a parlé« , raconte le capitaine Coussot.

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Enfin, un manque de sensibilisation se fait sentir. Si le harcèlement de rue et les frotteurs existent depuis toujours, ce n’est que récemment qu’il a été mis en lumière. En 2012, la diffusion du documentaire de la Belge Sofie Peeters a secoué l’Europe sur cette problématique. « Femme de la rue » présente la réalisatrice se déplaçant avec une caméra cachée dans les rues de son quartier à Bruxelles. Ce film a fait le tour de la toile et a créé de forts remous menant à des mobilisations à travers le monde. Depuis novembre, le gouvernement souhaite mettre un frein au harcèlement des femmes dans les transports publics. Affiches dans les métros et gares, clips vidéo sur Internet, dépliants ; une campagne nationale a été lancée en coordination avec la RATP et la SNCF pour rappeler que le harcèlement sexiste dans les transports est puni par la loi, mais aussi pour inciter les témoins à réagir. « Nous espérons que cela fonctionne, que cela fasse réagir l’opinion publique. Mais surtout, il est vraiment primordial que les femmes comprennent qu’il n’y a pas de honte à avoir et qu’il faut vraiment dénoncer ces agissements« , insiste le capitaine.

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