Alain Finkielkraut, Immortel réactionnaire

Alain Finkielkraut a fait son entrée à l’Académie Française le jeudi 28 janvier. Comme le veut la tradition, le philosophe a fait l’éloge de son prédécesseur, Félicien Marceau. Retour sur un discours teinté d’humour, d’émotion et bien évidemment, d’indignation.

Vêtu de son nouvel habit vert, Alain Finkielkraut, le philosophe qu’on qualifie souvent de « néo-réactionnaire » ne fait pas le fier devant ses compères de l’Académie Française. La main tremblante, il commence son discours avec une note d’humour pour détendre l’atmosphère.

Un nom cacophonique, un nom dissuasif, un nom invendable [… ] un nom à éternuer, et même, osons le dire, un nom à coucher dehors, est reçu aujourd’hui sous la Coupole, s’amuse-t-il

En vérité, il n’arrive pas à croire qu’un descendant de juifs puisse entrer à l’Académie Française. « S’appeler Finkielkraut et être accueilli parmi vous au son du tambour, c’est à ne pas y croire » s’émeut-il.

Le juif et le collabo

Ironie du sort, le prédécesseur dont il doit faire l’éloge n’est autre que le dramaturge Félicien Marceau, connu pour avoir été un collabo. Un éloge qui laisse l’auteur du Juif imaginaire quelque peu amer.

Un défenseur exalté de l’identité nationale, oublieux de ses origines vagabondes et astreint à faire l’éloge d’un collabo : il n’y a pas de hasard, pensent nos vigilants, et ils se frottent les mains, ils se lèchent les babines.

Alain Finkielkraut rit jaune. Mais il n’a pas peur d’en parler, et il commence d’ailleurs son éloge par rappeler le sombre passé de l’ex-romancier, quand il était Louis Carrette, et journaliste pour l’ennemi.

Louis Carette a choisi de travailler dans une radio dirigée par les Allemands alors que personne ne l’y obligeait et qu’il était à l’abri du besoin.

Alain Finkielkraut, le réactionnaire, est de retour. Et pourtant, au fur et à mesure du discours, le philosophe juif semble pardonner les erreurs de Louis Carette, le collabo, pour s’intéresser davantage à ce que fut Félicien Marceau. Là commence alors le véritable éloge. L’éloge du romancier, de l’essayiste, du dramaturge. A commencer par Chair et cuir, son chef d’œuvre. « Chair et cuir est un livre grinçant et un voyage en eaux profondes » déclare d’ailleurs Alain Finkielkraut, avant de décortiquer l’œuvre de A à Z, visiblement passionné et concerné.  Il effleurera ensuite ses autres romans, de Un oiseau dans le ciel à Creezy, en passant par Bergère légère, avant de s’attarder sur ses pièces de théâtre.

Le nouveau défenseur de Félicien Marceau

Fidèle à lui-même, Alain Finkielkraut termine son discours par une note d’indignation. Mais étonnamment, c’est de la triste réputation de son nouvel ami Félicien Marceau qu’il se soucie.

Arrivé au terme de ce périple, j’ai les mots qu’il faut pour dire exactement ce qui me gêne et même me scandalise dans la mémoire dont Félicien Marceau fait aujourd’hui les frais. Cette mémoire n’est pas celle dont je me sens dépositaire. C’est la mémoire devenue doxa, c’est la mémoire moutonnière, c’est la mémoire dogmatique et automatique des poses avantageuses, c’est la mémoire de l’estrade, c’est la mémoire revue, corrigée et recrachée par le Système. Ses adeptes si nombreux et si bruyants ne méditent pas la catastrophe, ils récitent leur catéchisme. Ils s’indignent de ce dont on s’indigne, ils se souviennent comme on se souvient.

Au départ réservé, Alain Finkielkraut est devenu le défenseur de Félicien Marceau. Il est prêt à reprendre le flambeau.

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