Promouvoir, l’association qui veut censurer le cinéma

Le cinéma est en guerre et c’est l’association Promouvoir qui l’a déclarée. Ses cibles ? Les films qui montrent un peu trop de peau, qui sont un peu trop violents. Baise-moi, La Vie d’Adèle, Antichrist et maintenant Bang Gang et Les Huit salopards… Retour sur une vendetta qui ne fait que s’amplifier.

Un vent de terreur souffle en ce moment sur le cinéma. En cause ? L’association Promouvoir, qu’on pourrait aussi appeler l’Association-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Déterminée à rendre au cinéma sa “vertu”, elle multiplie les attaques contre les films un peu trop provocateurs à son goût. Dernièrement, c’est Antichrist, le film choc de Lars von Trier, qui a subi son courroux. Le 3 février, il s’est vu retirer son visa d’exploitation par la cour administrative d’appel de Paris, en raison des « scènes de très grande violence » et des « scènes de sexe non simulées ». Ravie de cette décision, l’association a pris confiance et en a profité pour s’attaquer à deux autres films dans la même lancée : Bang Gang, d’Eva Husson et Les Huit salopards, de Tarantino.

Bang Gang, c’est le film qui raconte l’histoire d’une lycéenne de 16 ans qui lance avec ses amis un jeu sexuel collectif, prélude à des réunions répétées entre lycéens au cours desquelles ils explorent leur sexualité. Il n’en fallait pas plus pour s’attirer les foudres de l’association Promouvoir. Trop de scènes de sexe à leur goût, et une interdiction aux moins de 12 ans pas assez élevée. Pour l’instant, la demande a été rejetée, mais l’affaire n’est pas terminée car l’association a formé un pourvoi en cassation. Quant aux Huit salopards, une scène a été jugée “gravement choquante pour les jeunes adolescents”. Celle où le personnage de Samuel L. Jackson décrit avec détails une fellation qu’il a imposée au fils d’un général sudiste. Sans compter les nombreuses éclaboussures de sang dont le film est parsemé.

Une vendetta lointaine

Et ce ne sont ici que les dernières victimes. Car cela fait déjà 16 ans que l’association Promouvoir livre bataille contre le cinéma. La première victime, c’était Baise-moi, de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, en 2000. L’association avait obtenu du Conseil d’État l’annulation du visa d’exploitation du film puis son classement X, en raison de ses scènes de sexe non simulées et trop osées pour les âmes sensibles de Promouvoir. Heureusement, ce ne fut que de courte durée et le film réussit à récupérer son visa d’exploitation, avec une diffusion tout de même réservée aux plus de 18 ans. Le pouvoir de l’association était quand même bien là. La vendetta ne s’est donc pas arrêtée là. Ken Park de Larry Clark, Saw 3D de Kevin Greutert, Nymphomaniac Vol. 1 et Vol. 2 de Lars Von Trier, La Vie d’Adèle d’Abdelattif Kechiche et Love de Gaspard Noé, font aussi partie des victimes.

Pourquoi tant de haine ?

Qualifiée de “nouveau censeur du cinéma”, l’association Promouvoir se défend par une volonté de “protéger la jeunesse”.  “Le combat de l’association, c’est la pornographie présentée aux mineurs. Ils n’ont pas la constitution psychique nécessaire pour y faire face” a justifié André Bonnet. Qui ? André Bonnet, ex-juriste qui penche du côté de l’extrême-droite, catholique traditionaliste et ex-président de l’association Promouvoir, mais qui joue encore les avocats pour elle. L’homme qui se cache derrière toute cette vendetta. L’homme qui effraie désormais le cinéma. “On a l’impression qu’il a désormais plus d’influence que la ministre de la Culture ou le CNC, c’est l’homme qui décide de la classification des films en France” s’inquiète notamment Vincent Maraval, producteur et distributeur du film Love. La première mission d’Audrey Azoulay, la nouvelle ministre de la Culture, est donc toute trouvée : s’imposer face à ce dictateur du cinéma.

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