[ITW] Pascal Edouard Morrow : rencontre avec un musicien à Paris

Pascal-Edouard MORROW est né à Toronto au Canada le 14 octobre 1962. De formation classique (conservatoires de Versailles et de La Celle Saint Cloud), il s’ouvre rapidement au jazz et à la musique improvisée. A partir de 1987 il se passionne pour la musique traditionnelle : Brésil, Balkans, Turquie, Irlande, USA… qu’il développe jusqu’à aujourd’hui dans la plupart de ses projets artistiques. Dans un entretien, le musicien nous raconte son parcours musical. 

Treiz’Hebdo : Depuis combien de temps jouez-vous du violon ?

J’ai commencé le violon à 10 ans et là j’en ai 53. Ça fait donc 43 ans que je suis violoniste !

T’H : Pourquoi avez-vous choisi cet instrument ?

Mes parents m’ont envoyé au conservatoire de Versailles et après la première année de solfège, il fallait qu’on choisisse un instrument. Le violon m’avait toujours fasciné, donc je n’ai jamais hésité à le choisir. Je voulais absolument maîtriser cet instrument.

Pascal-E. 1

T’H : Quel a été votre parcours ?

A 10 ans, j’ai commencé le conservatoire, avec une première année en solfège. La première année a été vachement difficile pour moi.

Je me souviens, j’étais dans une classe avec des enfants de 14 et 15 ans. Il y avait une dame qui jouait au piano et nous, on chantait avec elle. Après elle nous expliquait la théorie. J’ai fait beaucoup de théorie sans pratique et à la fin de l’année j’avoue que j’étais découragé. Pour tout dire, le conservatoire a failli me dégoûter, et j’ai failli abandoner le violon.

Même une fois que j’avais commencé à apprendre le violon, ils nous donnaient des morceaux tellement nuls que cela ne me motivait pas. Au bout de trois ans j’ai été renvoyé par le conservatoire. Mais j’ai su qu’il ne fallait pas que j’arrête le violon.

A 15 ans j’ai decouvert le rock et le jazz. J’ai entendu par hasard un violoniste français Jean-Luc Ponty qui avait électrifié son violon et donc complètement changé le son de son instrument. C’est le moment où je me suis dit « C’est ce que je veux faire dans la vie ».

Alors, j’ai continué avec le conservatoire jusqu’à mes 18 ans. Après j’ai fait une école de jazz ici à Paris, l’ACP(Institut for Artistical and Cultural Perception) puis, j’ai rapidement intégré le Celestial Communication Orchestra avec Alan Silva . L’orchestre d’Alan Silva était très expérimental. On faisait beaucoup d’improvisation à l’intérieur des morceaux de musique. On avait beaucoup de liberté de création.

Avec lui, j’ai beaucoup exploré le jazz expérimental. J’ai suivi un peu le courant free jazz des années 1980, mais j’ai vu que ce courant ouvrait les portes à n’importe quoi. Donc je me suis enfuit au Brésil !

Je suis parti là bas complètement par hasard, j’ai suivi une petite amie brésilienne. Je suis parti pour 6 mois et finalement je suis resté 6 ans.

bresil

Les brésiliens sont des avant-gardistes de la musique. Tout en gardant les racines de la musique les artistes osent aller plus loin dans leurs recherches. Leur musique est extrêmement riche et précise.

Là bas, j’ai passé beaucoup de temps sur le jazz et la musique populaire brésilienne comme la Bossa Nova, Choro, Samba et Forro. J’ai également découvert Egberto Gismonti et Hermeto Pasquale et j’ai travaillé avec l’Orquestra de Musica Popular Brazileira

Au Brésil, j’ai aussi connu ma femme, Denize Loreto qui est chanteuse, et nous sommes rentrés ensemble en France.

Je me suis pris au jeu, et un nouvel univers m’a interpellé.

Depuis nous vivons à Paris avec nos 3 filles. Ensemble nous avons réunis nos connaissances des musiques brésiliennes et européennes pour mélanger les différents rythmes. Nous avons beaucoup mélangé le jazz, le funk et la musique brésilienne.

En 1993,  je n’ai plus eu envie de faire du jazz. J’avais assez exploré ce genre de musique, et certes, je la garderai en moi pour toujours. Mais c’était le moment de passer à autre chose. Du coup j’ai beaucoup développé la musique brésilienne. J’ai redécouvert le choro et j’ai joué avec toutes les possibilités à travers l’improvisation.

Puis, après la sortie de notre premier album Zefir avec ma femme, un ancien collègue de l’IACP m’a contacté pour travailler sur la musique balkanique/turque. Je me suis pris au jeu, et un nouvel univers m’a interpellé. Donc, j’ai eu ma phase musique balkanique et de fil en aiguille la musique turque. J’ai été très touché par la musique de ces peuples migratoires. Avec «Les Moujiks (Les Moujiks sont les paysans dans la Russie de l’ancien régime) » on a découvert la musique roumaine, bulgare, grecque et yougoslave.

Depuis 15 ans maintenant j’ai donné beaucoup de concerts avec différentes formations de musique turque, et plus particulièrement avec Paris-Damas-Instanbulnotre groupe actuel, formé avec le musicien turc Zeki Ayad Çölaş. Et, parallèlement, je continue toujours avec la musique brésilienne.

Ca prend au moins 10 ans pour devenir musicien.

T’H : Combien d’heures par semaine est-ce que vous répétez ?

Le plus possible. Dès que j’ai un moment libre, même 5 minutes, je profite pour en jouer. Presque tout le temps je pense à la musique, même quand je n’ai pas l’instrument en main. Je le dis toujours, ça prend au moins 10 ans pour devenir musicien, et après il faut toujours répéter pour continuer à l’être.

T’H : Est-ce que vous avez beaucoup de travail en ce moment ? 

En ce moment, je prépare trois concerts, notamment samedi 13 février à Saint-Cloud avec mon groupe Paris-Damas-Istanbul. Nous travaillons un deuxième et un troisième concert pour mi-mars et mi-juin. Les choses se sont beaucoup calmées. Je suis sortie d’une période où j’enchaînais concert sur concert. Donc je suis content de pouvoir respirer un peu.

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Pascal-Edouard MORROW en concert – © Pascal-Edouard MORROW

T’H : Est-ce que vous aimeriez être célèbre dans le monde entier ?

Avant oui, je voulais absolument l’être. A 20 ans je n’avais pas l’humilité que j’ai maintenant et je vois que je n’avais pas non plus les compétences nécessaires.

Maintenant la célébrité, la gloire ne m’intéressent plus. J’aimerais bien être célèbre pour des raisons financières. C’est vrai que ce n’est pas toujours évident d’avoir les moyens de finir le mois, c’est parfois difficile, et c’est vrai que si on est célèbre, cela devient BEAUCOUP plus facile. 

Un artiste doit être un créateur, et il doit emmener quelque chose d’authentique au monde.

T’H : Quel est votre espoir pour l’avenir ?

Mon rêve est de mélanger tout ce que j’ai fait et de créer ma propre musique. Jusque là, je ne me sens pas encore prêt à le faire mais je sais que ça va venir. Après 43 ans de musique je peux vous dire que le chemin musical est très long, et pour certains musiciens ça prend du temps avant de trouver sa voie. Il faut un certain temps de maturation pour y parvenir.

Quant à moi, je sais où je veux arriver et ce que je veux faire mais cela prend du temps. Un artiste doit être un créateur, et il doit emmener quelque chose d’authentique au monde. Ce chemin il y arrive naturellement à travers des heures et des heures de travail.

Vous pouvez assister au concert de Paris-Damas-Instanbul mi-mars et mi-juin [plus d’infos sur le site].

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