[Enquête] Santé : Quand l’alcool et la fête ne font qu’un

Déguster une plancha de charcuterie en terrasse, organiser un apéritif chez des amis, danser sur les planches d’une boîte nuit… des scénarios hebdomadaires qui pour beaucoup s’accompagnent usuellement d’une bonne bouteille de vin rouge, d’une bière bien fraîche ou encore d’un Whisky coca.

Aujourd’hui, l’alcool est un compagnon de soirée dont beaucoup aurait du mal à se passer. Voici des habitudes qui – à outrance – ont des répercussions inéluctables sur notre santé.

Treiz’Hebdo a mené l’enquête auprès de cinquante jeunes entre 18 à 30 ans afin de comprendre ce phénomène de société.

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En 2015, la première ivresse chez les jeunes a atteint l’âge moyen record de 15 ans. Plus de deux enfants sur trois ont consommé de l’alcool avant cet âge dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) et deux sur cinq ont été en état d’ivresse au moins une fois.

Un nouveau phénomène est également apparu ces dernières années : les filles boivent de plus en plus, presque autant que les garçons. Les ivresses répétées (3/par an) touchent près de 28% d’entre elles (19% en 2010 ; 8% en 2005) et les ivresses régulières (+10/par an) touchent 11% d’entre elles (7% en 2010 ; 2% en 2005).

Ingrid* a 22 ans. Cette étudiante en journalisme se rappelle très bien sa première ivresse :

Ma première cuite, c’était lors de mon premier nouvel an entre amis, j’avais 16 ans. Je me suis pris la pire cuite de ma vie avec de la Manzana [liqueur de pomme verte]. J’étais tellement bourrée que je me suis prise un mur en pleine tête. Pendant 15 jours j’avais une énorme bosse sur la pommette à cause du crépit du mur. Je n’ai aucun souvenir de cette soirée : black out total. Depuis j’ai arrêté la Manzana… mais pas l’alcool !

Toujours d’après l’OCDE, en 2010, 43% des garçons et 41% des filles avaient fait l’expérience de l’ivresse, contre 30% et 26% respectivement en 2002. Cette tendance semble s’accroître au cours de années. Rite de passage ? Besoin d’une perte de contrôle ? Dépassement des limites ?

C’est lors de mon arrivée en seconde que j’ai commencé à picoler avec mes amis. C’était normal pour moi, comme s’il fallait passer par là pour pouvoir dire qu’on entrait enfin dans la cours des grands. Aux soirées il y avait toujours de l’alcool. C’était normal et en même temps, c’était quelque chose de tout nouveau aussi. L’inconnu. Tu testes tes limites, tu es désinhibé pour la première fois, tu planes même. Honnêtement, on s’est bien marré, je n’ai aucun regret ! confie Aliénor*, 23 ans.

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Sur les 50 jeunes interrogés par Treiz’Hebdo, 92,7% d’entre eux disent apprécier boire de l’alcool. La plus part sont adeptes du vin (43,6%) ou de la bière (34,5%). Seul 16,4% d’entre eux misent sur les alcools forts.

S’il existent de nombreux endroits pour consommer de l’alcool, « en soirée chez un ami » est en pole position (52,7%).

Lors qu’on est chez des amis, cela nous revient toujours moins cher. Mais c’est vrai que l’on a donc tendance à moins percevoir ce qu’on boit. Personnellement, je ne compte jamais le nombre de verres que je bois en soirée. Je discute, je fume des cigarettes, je me ressers un verre de vin etc. En fait, je pense que j’arrête vraiment de boire quand la soirée est terminée et que je sais que je vais rentrer chez moi, admet Aliénor.

Pour la plus part des sondés, le mot « alcool » rime avec « fêtes, rires, s’amuser » (76,4%). A contrario, 25,5% des interviewés voient l’alcool comme un échappatoire ou un moyen d’oublier son quotidien.

Ingrid aime faire la fête comme beaucoup de jeunes et admet être souvent bourré pendant ses soirées :

Quand je suis en soirée, je finis souvent bourrée. Je ne tiens pas l’alcool de toute façon, donc au bout de deux verres je suis généralement déjà bien pompette. Au moins, j’économise des sous !

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© Charlotte Beaudry – « Get Drunk »

16,4% des jeunes sondés admettent ne pas pouvoir se passer de l’alcool en soirée quand 43,6% jugent avoir déjà passé une soirée sans boire d’alcool, en précisant que c’était très occasionnel. Mais ne pas boire une goutte d’alcool est aussi possible : 40% des sondés le confirment.

A l’inverse d’Ingrid, Anne-Sophie* (22 ans) n’aime pas l’alcool. Pour elle, faire la fête ne signifie pas pour autant être ivre.

Tout d’abord, je n’aime pas l’alcool. Le goût ne m’a jamais plu. De plus, je n’ai pas besoin de ça pour faire la fête et m’amuser. Et pour être honnête, j’ai toujours eu peur de rencontrer mon « moi » bourrée. Je ne sais pas comment je pourrais être. J’aime bien être en total contrôle de moi-même, assume la jeune femme.

La fréquence de la consommation d’alcool a fortement augmenté ces dernières années et inquiète de plus en plus les autorités. En 10 ans, la part de jeunes ayant connu au moins 3 ivresses par an a presque doublé, passant de 15% (2004)  à 29% (2014) sur la même période, selon les chiffres de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé).

En 2014, la consommation hebdomadaire d’alcool touchait 51% des hommes (chiffre stable), et 30 % des jeunes femmes (24% en 2010).

Jean-Marc* a 57 ans. Père de deux jeunes adultes, il confie son ressenti face à ces soirées souvent alcoolisées.

J’ai parfois du mal à comprendre pourquoi les soirées de mes enfants sont toujours rythmées par l’alcool. On n’est pas des vieux de la vieille non plus, moi aussi ça m’est arrivé d’être bourré dans ma jeunesse mais ça restait occasionnelle. Aujourd’hui, ça semble être quelque chose de systématique en soirée, tous les weekends. Et c’est justement cette fréquence qui est néfaste pour eux.

Sur les 50 jeunes interrogés par Treiz’Hebdo, 40% d’entre eux avouent être souvent ivres en soirée au point de ne plus contrôler ce qu’ils font. Un pourcentage équivalent à ceux qui estiment l’avoir été « une fois ou deux » quand 14,8% d’entre eux disent avoir été dans cet état une unique fois : une expérience qui leur a bien servi de leçon. Et lorsqu’on leur demande combien de fois exactement pensent-ils avoir été saouls dans leur vie, la majorité des jeunes sondés répondent « plus de 20 fois » (35,2%).

Bien que ces chiffres semblent alarmants, la dernière étude de l’OCDE confie des baisses considérables de la consommation moyenne d’alcool dans plusieurs pays d’Europe en particulier en France, précisant cependant que la consommation d’alcool est globalement en légère baisse, mais que la consommation nocive augmente (ex : binge drinking).

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Il y a 10-15 ans, boire de l’alcool en soirée était considéré comme une « activité de vieux ». Les drogues étaient les reines des soirées. Aujourd’hui, la tendance a changé. L’alcool est à la page. Mais là aussi, les modes de consommation ont évolué chez les plus jeunes.

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Il y a quelques années, ce qui était à la mode c’était les spiritueux, le champagne (…) Petit à petit la qualité a laissé la place à la manière de consommer. Il n’est pas indiqué chez les jeunes de consommer comme son père ou sa mère. [Boire rapidement] est une manière de prendre l’adulte à défaut vis à vis de sa propre consommation, analyse le psychiatre Amine Benyamina dans Droit de Suite (LCP).

Ce serait donc le rejet des habitudes de l’adulte référant qui pousseraient les jeunes à boire d’une manière toute autre.

Ce type de comportements intervient généralement lors de l’adolescence. Aliénor semble d’accord avec cet argument. Les moments où sa consommation d’alcool était abusive ont fait parti de son processus pour grandir mais sont aujourd’hui bien loin derrière elle :

Arrivée à l’âge de 18-20 ans, j’ai réduis ma consommation d’alcool. Etre bourrée m’amusait beaucoup moins et j’avais les cours à suivre. C’est un peu comme si j’avais fait le tour de la question. Maintenant, c’est plus occasionnel. Je fais plus attention quand je bois et je ne me met plus dans des états minables comme ça a déjà pu m’arrivé. Ça m’arrive aussi de ne tout simplement pas boire en soirée.

Bien que certains jeunes aient encore des comportements à risques liés à l’alcool, tandis que leur adolescence est loin derrière eux, il ne faut pas tomber dans les généralités non plus. Arrivés à l’âge adulte, la construction d’un futur via les études et la formation professionnelle réduit la fréquence de consommation d’alcool chez les jeunes. Un bon encadrement et un projet de vie construit limite généralement les abus futurs.

A 55 ans, Olivier* est journaliste. Ce bon vivant apprécie boire de l’alcool de temps en temps avec modération. Il avoue avoir déjà forcé sur la bouteille lorsqu’il était plus jeune :

Vous savez, plus tard, quand on grandit, une petite cuite c’est au minimum 3 à 4 jours de récupération. Ça fait réfléchir quand on a le boulot à gérer derrière. En clair, ça limite grandement l’abus d’alcool. Je pense que c’est seulement un phénomène générationnel. Ça passe avec le temps, pas de panique !

Prise de poids, crampes d’estomac, cirrhose, crise de foie… l’alcool est un danger lorsqu’il est consommé sans modération. En attendant, une petite bière n’a jamais fait de mal à personne !

Elise Quinio

* Tous les noms des intervenants ont été modifiés dans un soucis d’anonymat.

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