[Reportage] Premiers romans, premières amours, premières emmerdes

Chaque année, le monde littéraire accueille de nouvelles plumes au sein de ses rangs. Des auteurs qui sortent leur tout premier roman. Un moment très important, qui n’est pas sans émotions. Olivier Bourdeaut, Isabelle Bunisset et Emmanuel Régniez, trois nouveaux écrivains du cru 2016, ne le savent que trop bien.

Dans la vie d’un auteur, le premier roman, c’est comme le premier amour, ça ne s’oublie jamais. C’est là que toute la magie commence, que le rêve se réalise. Qu’on entre dans la cour des grands. Un moment très particulier, très émouvant, comme le décrit Isabelle Bunisset, qui vient d’accoucher de son premier bébé, Vers la nuit (Flammarion) :

C’est un moment d’euphorie, de joie et aussi un moment de stress intense parce qu’on ne connaît pas, on ne sait pas à l’avance quelle sera la lecture ou quel sera l’accueil fait à ce livre. Donc c’est plein de choses, on a mal au ventre, on est excités, on dort mal, on a envie d’arracher des rideaux, on est très heureux… C’est un mélange d’émotions.

Car derrière l’histoire qui tiendra ou non les lecteurs éveillés jusque tard dans la nuit, se cachent des mois et des mois d’un travail acharné, d’écriture et de ratures, de nuits blanches inspirées et de pages blanches paniquées. Et avant que ce premier roman ne sorte dans les librairies, il y a l’attente. Excitante mais angoissante attente.

Dès qu’on écrit, on a peur. Peur de décevoir, peur de ne pas être pris au sérieux, confie Isabelle Bunisset.

Puis le jour tant attendu de la sortie arrive, et avec, les premières critiques. Et la folie.

Du bureau bien caché au devant de la scène

L’engouement prend, les médias s’affolent, et c’est parti. Les interviews défilent, les émissions de radio et les plateaux de télévision s’enchaînent. Ces auteurs encore inconnus du public il y a quelques mois se retrouvent soudainement propulsés sur le devant de la scène. Ils doivent expliquer pourquoi ils ont écrit ce livre, quels messages ils voulaient faire passer. Mais le savent-ils seulement ? Pas vraiment. « On me pose des questions, mais je ne trouve pas d’autres réponses que « je ne sais pas », « je n’en sais rien » », avoue Emmanuel Régniez, qui vient de sortir Notre château (Le Tripode).

Avec ce premier roman, il y a plein de trucs qui m’ont échappé. Ce n’est pas ce que j’avais prévu, mais le personnage doit le faire, car c’est dans ce sens que l’histoire évolue. Donc quand on me demande de décrire mes personnages, en réalité, je ne sais pas vraiment qui ils sont.

Et ce n’est pas Olivier Bourdeaut qui va dire le contraire. Son premier roman, En attendant Bojangles, fait couler beaucoup d’encres enjouées et a déjà remporté trois prix littéraires, si bien qu’il se retrouve invité partout.

J’ai appris à répondre aux journalistes, mais, honnêtement, au début, j’étais comme Emmanuel Régniez, je ne savais pas quoi répondre. Les gens ont une analyse de votre roman qui est différente de la vôtre. Ils pensent que vous aviez préparé votre histoire bien avant. Mais non, ce roman n’était pas du tout prémédité. Je l’ai écrit au fil des jours, je ne savais pas que j’allais traiter de la folie, ou de l’amour.

Et d’ailleurs, qu’est-ce que ça fait, de se retrouver sur-médiatisé, alors qu’il y a seulement quelque temps, ils étaient tranquillement installés devant leur bureau avec leur tasse de thé ou de café, bien cachés ? « C’est surréaliste, avoue Isabelle Bunisset, on ne sait plus où donner de la tête ». Avant d’ajouter :

C’est difficile d’être d’exposé. Le travail de l’écrivain, ça se passe dans la solitude et je ne comprends pas vraiment comment font tous ces écrivains sur les plateaux qui expliquent le pourquoi.

Mais si les médias peuvent être difficiles à gérer, tout s’efface grâce aux lecteurs. Des passionnés qui n’hésitent pas à se déplacer pour faire dédicacer leurs livres et, au passage, adresser des compliments à leur nouvel auteur préféré. Un moment privilégié, pour eux comme pour celui qui les reçoit.

C’est le moment le plus émouvant. Des gens viennent vous voir et vous disent qu’ils ont pleuré en vous lisant, qu’ils ont été bouleversés, et ça, c’est le plus beau des cadeaux, confie Isabelle Bunisset.

Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’autres enfants…


Isabelle Bunisset, Vers la nuit, Flammarion, 144 pages, 15 €

Olivier Bourdeaut, En attendant Bojangles, Finitude, 160 pages, 15,50 €

Emmanuel Régniez, Notre château, Le Tripode, 128 pages, 15 €

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