[ I N T E R V I E W ] Jean-Baptiste Siaussat, de l’agriculture à la comédie

La trentaine, un sourire lumineux, de l’énergie à revendre… Jean-Baptiste Siaussat est périgourdin et comédien. Avant cela, il a été agriculteur. Dans son premier one man show sur scène à Paris, à 34 ans, il raconte son histoire, digne d’un roman de Marcel Pagnol. Assis à un café aux côtés de son cousin et auteur, le jeune talent a répondu à nos questions. 

La salle du Kibelé, est plutôt étroite mais très chaleureuse. René-Marc Guedj, comédien et metteur en scène – Initiateur de Kandidator, la scène ouverte – joue avec les lumières pour illustrer l’histoire autobiographique du jeune talent.

Allant de péripéties en anecdotes, d’aventures en histoires insolites, Jean-Bastiste Siaussat nous emmène par le bout du nez, là où il veut, c’est à dire son monde à lui, loin de la vie parisienne.

Isabelle Levame : Quelle était votre vie avant de monter à Paris?

Jean-Baptiste Siaussat : Je viens d’un tout petit village du Périgord, où il y a plus de vaches et de moutons que d’habitants. D’ailleurs dans le spectacle j’en parle avec humour, comme de l’unique fille jolie que tous les garçons s’arrachaient à l’époque. J’étais donc destiné à être agriculteur comme mon père pour l’amour de la terre. Mais au fond de moi, depuis que je suis petit, il y a cette envie de faire rire les gens, de me donner en spectacle. J’ai toujours aimé ça, ça restait un peu comme une flamme secrète.

IL : Qu’est-ce qui vous a décidé à pousser les portes du théâtre ?

J-B S : Je louais une propriété à l’époque, j’avais 25 ans, avec des bêtes d’élevage et je faisais mon business. Lorsque la question de la racheter s’est posée, je me suis retrouvé face à un dilemme ; la reprendre et continuer ma vie là-bas ou me lancer dans mon rêve de gamin. Mon cousin, Pierre-Yves Combradet qui écrit mes textes depuis le début, m’a donné un coup de pied au derrière pour que j’ose. Résultat ; direction Paris et les Cours Florent. J’ai rencontré des professeurs incroyables comme Christian Croset ou Benoît Guibert qui m’ont appris pour la première fois ce qu’était le théâtre, les classiques. – Je n’y connaissais rien. J’avais juste lu quelques livres avec ma mère, et encore ! C’était elle qui écrivait mes devoirs à ma place lorsque j’allais à l’école. – Les professeurs à Florent m’ont emmené vers autre chose, pas seulement parler de moi-même.

J-B S
© JBS. Jean-Baptiste Siaussat a 4 ans, dans le Périgord. Même sourire coquin, même insouciance qu’aujourd’hui

IL : Et c’est là que vous avez décidé de monter un troupe…

J-B S : Exactement, je me suis rendu compte que travailler avec d’autres comédiens sur scène était aussi une expérience passionnante. Je ne suis pas arrivé à moi tout de suite. J’ai joué des textes de grands auteurs, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Nous avons créé une petite troupe de théâtre (Les Compagnons d’Ulysse qui existe toujours et cartonne) et réussi à jouer dans des musées, des châteaux… Mais mon cousin – qui était dans le commerce à Lyon – a été muté à Paris. Il revient à la charge : « Mais quand est-ce que tu vas nous parler de ce qui nous fait marrer vraiment ? » ; autrement dit de notre adolescence, du terroir, des personnages plus marginaux les uns que les autres… De mon histoire.

IL : A ce moment-là, vous revenez à votre idée première ; faire un One Man Show…

J-B S : Oui, j’avais entendu parler de Kandidator, la scène ouverte où tu peux tout te permettre – Précédemment sur Treiz’Hebdo: Kandidator: les bonnes et mauvaises surprises de la scène ouverte, le seul théâtre où on peut lancer des chaussons sur scène pour montrer sa déception –

Je suis arrivé avec un sketch sur un personnage marrant qu’on a inventé avec mon cousin mais là, C’est le bide. Je ne baisse pas les bras pour autant. Un an plus tard je décide de remonter sur les Planches avec un projet plus travaillé, plus précis. On commence à faire du bruit. C’était le concours national de Kandidator, je termine deuxième. La semaine d’après, je re-tente et là nouvel échec, je me reçois une pluie de pantoufles. C’est très aléatoire. Pourtant, René-Marc, le metteur en scène vient me voir à la fin et me demande si j’ai un spectacle entier. Il propose de me faire jouer dès que c’est le cas. Sur le moment, je n’en avais pas mais n’hésite pas une seconde. Pierre-Yves se dévoue pour écrire le texte. Moi j’intègre dans sa trame les personnages qu’on aime, les chansons… Après un mois, je le montre à René-Marc, il adore ! Depuis, je me rôde au Kibélé et améliore chaque passage régulièrement avec Pierre-Yves.

IL : Comment votre famille a-t-elle réagi sur ce choix de vie ?

J-B S : Ma première année a été compliquée, je n’ai pas parlé à mon père pendant un an parce qu’il a un peu pensé que je l’abandonnais. Que le seul fils de la famille s’en aille c’était vraiment mal vu.  La terre se transmet de père en fils là-bas. Finalement c’est ma petite sœur qui a repris le flambeau. Lorsqu’ils ont vu que ça commençait à être sérieux, que j’étais plus crédible, ils m’ont encouragé.

IL : Pourriez-vous rapprocher l’authenticité du théâtre à celle du travail de la terre ?

J-B S: Si, bien sûr, il y a ce côté naturel que tu exploites, sain. Mais au fond il me manquait quelque chose ; l’ouverture avec les autres parce que comme agriculteur, ça peut paraître cliché mais tu es vraiment tout seul la plupart du temps. En tout cas c’était mon cas. Et là, il y a l’alliance des deux pour ce spectacle; cette envie de transmettre ses racines, où tout le monde se retrouve un peu finalement. Par exemple des spectateurs algériens m’ont dit que ça leur faisait penser au « bled ». C’est ça qui est génial dans cette création.

Kibélé
© R-M G. Jean-Bastiste lors de son spectacle au théâtre du Kibélé. Chansons, guitare, rires, colère, auto-dérision… Tous les ingrédients sont là.

IL : Retournez-vous régulièrement dans le Périgord ?

J-B S : Oui, pour me ressourcer, voir ma famille et trouver des nouvelles idées pour mon spectacle ou de nouveaux projets. Et surtout, j’ai joué il y a deux semaines pour la première fois dans le gymnase de mon village; devant 500 personnes. Lorsque tout le monde t’applaudit et se lève pour toi à la fin, c’est le genre de moment que tu n’oublies jamais. C’est un peu une reconnaissance éternelle que je leurs dois.

De son côté Pierre-Yves Combradet évoque l’admiration mutuelle qu’ils ont l’un pour l’autre. C’est le déclic du One Man Show qui a permis au duo de naître.

Il a eu le déclic, et il a tenté. Des gens qui sautent le pas comme lui, c’est plutôt rare. Il y a une sorte d’instinct de survie et d’accomplissement chez Jean-Baptiste. 

Quant à cette envie d’écrire, il s’agit d’un phénomène nouveau. Pierre-Yves s’est surpris à rédiger des pages et des pages, un flux de mots ininterrompu pendant des semaines. Ce fut une libération. Depuis, il a d’ailleurs quitté le monde du commerce pour rejoindre un milieu plus artistique et se consacrer à une société de production audiovisuelle. Un accomplissement bénéfique pour les deux comparses.

Vous pouvez suivre l’actualité des créations de René-Marc Guedj sur la page Facebook de Kandidator. 

Le spectacle de Jean-Baptiste Siaussat « Faut que tu aimes » sera du 22 juin au 27 juillet 2016 au Théâtre des Feux de la Rampe à Paris.

Affiche spectacle J-B

 

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Marc Morin dit :

    Magnifique interview et fabuleux Artiste , un grand bravo.

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