[VIDEO] Aux origines du Mansplaining

Comment l’insupportable arrogance d’un homme évoqua à une journaliste américaine le controversé, mais très éloquent terme de ‘mansplaining’

« Je vais tranquillement terminer mon café pendant que tu me « mexcplique » le sens du mot « mecspliquer »

Cela n’a rien de nouveau, mais pour Rebecca Solnit, cela a assez duré. Cette auteure féministe et journaliste américaine est la créatrice du très médiatisé et très controversé ‘mansplaining’. Mix de ‘man’ (homme) et ‘explaining’ (expliquer), ce mot-valise illustre parfaitement cette manière pédante et infantilisante qu’on certains hommes d’éduquer les femmes sur des sujets qu’elles maîtrisent déjà. [NDLR: en français, on utilise le terme de ‘mecsplications », mélangeant ‘mecs’ et ‘explications’.]

Une attitude très irritante qu’a subi de plein fouet Rebecca Solnit, comme elle le relate dans son désormais historique article: Men explain things to me (Les hommes m’expliquent des choses), publié dans le LA times en 2008. 

Une rencontre entre l’excès de confiance en soi et l’ignorance

Dans son papier, elle raconte comment quelques semaines auparavant, elle fut présentée à l’organisateur d’une fête où son amie l’avait accompagnée. Apprenant qu’elle est écrivaine, l’homme lui demande de parler de son travail, « de la même manière que l’on encourage les enfants de 7 ans à nous raconter leur entrainement de flute. » Alors qu’elle lui explique qu’elle vent de publier un ouvrage sur le photographe Eadweard Muybridge, son interlocuteur la coupe : « avez-vous entendu parler du livre très important sur Muybridge qui vient de paraitre ? »

Elle aura beau tenter de l’interrompre pour lui expliquer qu’il s’agit de son propre livre, rien n’y fait, l’homme discoure avec « cette attitude satisfaite, les yeux fixés sur l’horizon de sa propre certitude et autorité. » Ironie du sort, elle apprendra à la fin de la conversation que le donneur de leçons n’a en réalité même pas lu l’ouvrage, et s’est contenté d’une critique dans le The New York Times. Un exemple comique mais représentatif de ce phénomène que beaucoup de femmes connaissent, d’un conseil bienveillant -mais non sollicité- à une explication condescendante.

Une énième conséquence du sexisme qui selon Solnit dans sa tribune sur TomDispatch.com (The Archipelago of Arrogance ), « n’a rien d’un défaut universel partagé par tout le sexe masculin mais relève plus d’une rencontre entre l’excès de confiance en soi et l’ignorance, zone où certains hommes se retrouvent coincés. »

À la maison blanche


D’abord populaire dans les cercles féministes, la notion de mansplaining a acquis une notoriété internationale lorsque les conseillères de Barack Obama ont décrit leur propre méthode pour lutter contre le phénomène.

« Ton idée est tellement mieux quand je la reformule »

Dans son article intitulé White House women want to be in the room where it happens, (Les femmes de la Maison Blanche veulent être là où ça se passe), publié dans le Washington Post (13/09/16), Juliet Eilperin révèle leur stratégie baptisée ‘amplification’: « quand une femme, lors d’une réunion, formulait une observation ou une idée pertinente, les autres femmes la répétaient, donnant crédit à son auteure. Cela forçait les hommes présents à reconnaitre la contribution apportée et les empêchaient de s’attribuer l’idée et le mérite qui va avec, écrit-elle, Obama a finit par remarquer le manège et s’est mis à passer de plus ne plus la parole aux conseillères et assistantes. »

Une réponse inspirante et solidaire à cet épuisant rappel qu’aujourd’hui encore, les mots d’une femme n’ont pas le même poids que ceux d’un homme.

 

 

Audrey Renault 

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