Tour Eiffel : la barrière de la discorde

La menace terroriste a contraint la mairie de Paris à protéger la tour Eiffel avec une barrière autour du parvis. Une protection qui attriste les touristes et les Parisiens.

Le futur mur anti-balles de la tour Eiffel, conçu en verre, encerclera le monument en octobre 2017. Photo : illustration © Feichtinger

« Pourquoi ont-ils installé une barrière devant la tour Eiffel ? ». Cette question, posée sous un soleil matinal par un touriste à sa compagne, trouve réponse auprès des vendeurs de souvenirs devant le pont d’Iéna :

 « À cause des différents attentats. Ils ont encerclé la Tour Eiffel pour la sécurité. Ils veulent éviter que des terroristes arrivent en dessous ».

Ils, c’est la mairie de Paris. Depuis l’Euro 2016, une barrière grillagée, haute de près de trois mètres, entoure la dame de fer. Impossible de pénétrer sur le parvis sans passer par les contrôles de sécurité, situés aux deux extrémités. Après plus de dix minutes dans une file d’attente, les sacs sont fouillés, et les visiteurs passés par des portiques métalliques. Une étudiante en vacances, venue voir le monument se sent rassurée :

« Au moins on ne craint rien en dessous. Tous les sacs sont vérifiés. Mais on perd du temps. Je n’imagine pas les délais d’attente pour ceux qui viennent le week-end. Le vrai souci désormais c’est en dehors. »

La jeune fille est inquiète. Un vendeur de glace appuie son propos : « Cette barrière est un peu ridicule, si un terroriste veut tirer sur des gens ou faire sauter une bombe, il peut attaquer autour de la tour Eiffel. Elle ne change pas grand-chose et ne fait que déplacer le problème », explique-t-il. Même ton du côté d’un touriste, porteur d’un sac Roland-Garros :

« Nous sommes des cibles faciles devant cette barrière. En cas d’attaque, il n’y a aucun moyen de partir vers le parvis, car nous sommes bloqués. »

Du métal au verre

Justement, pour assurer la sécurité autour de la tour Eiffel, la Préfecture de Police a sorti les grands moyens. Plusieurs camions de CRS restent garés devant cette barrière. Leurs occupants assurent des rondes dans le secteur. Tout comme certains militaires armés de l’opération Sentinelle, déployés aussi sur le Champs de Mars. « Même eux ne peuvent plus accéder au parvis ! », lance Thierry sur le ton de la rigolade, la cinquantaine aux cheveux poivre et sel. Il ajoute avec plus de sérieux : « même les touristes ne peuvent plus se balader tranquillement. Ils viennent ici pour voir en vrai cette tour, et ils doivent passer par des contrôles pour passer en dessous. Je peux comprendre que c’est pour la sécurité, mais à partir de là on fait aussi des contrôles au Trocadéro où il y a autant de monde. En plus, le métal gâche la vue. »

Métal qui sera bientôt remplacé par du verre. La Préfecture de Police a demandé à l’architecte autrichien Dietmar Feichtinger de concevoir une paroi de verre anti-balles. Les travaux, qui débuteront en octobre 2017, sont estimés à 20 millions d’euros. La tour Eiffel sera donc toujours prisonnière d’elle-même.

Benjamin Jarrossay

Crédit photo à la Une : Patrick Kovarik / AFP

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